Les open spaces exigent un effort cérébral supplémentaire pour la concentration
Depuis la généralisation du travail hybride post-pandémie, les open spaces connaissent des jours de forte animation lorsque les employés sont présents simultanément. Or, des recherches scientifiques démontrent que ces environnements de travail collectifs imposent à notre cerveau des efforts cognitifs accrus pour maintenir la concentration, comme l'explique la chercheuse Libby Sander de la Bond University.
Une étude révélatrice sur l'activité cérébrale
Dans une étude récente menée par des chercheurs espagnols, 26 participants âgés de 20 à 60 ans ont été équipés de casques d'électroencéphalogramme sans fil. Ces dispositifs permettent de mesurer l'intensité de l'activité cérébrale en enregistrant les signaux électriques émis par le cerveau via des capteurs positionnés sur le cuir chevelu.
Les participants ont effectué des tâches simulées de travail de bureau, incluant la surveillance de notifications, la lecture et la réponse à des courriels, ainsi que la mémorisation et la restitution de listes de mots. Chaque individu a été observé dans deux environnements distincts : un espace de travail en open space avec des collègues à proximité et une cabine de travail fermée dotée de parois vitrées transparentes.
Les ondes cérébrales révèlent l'effort cognitif
Les chercheurs se sont concentrés sur les régions frontales du cerveau, responsables de l'attention, de la concentration et de la capacité à filtrer les distractions. Ils ont mesuré différents types d'ondes cérébrales correspondant à des états mentaux spécifiques :
- Les ondes gamma sont associées aux états nécessitant une forte concentration
- Les ondes bêta sont liées à un niveau d'anxiété élevé et à des états actifs avec attention tournée vers l'extérieur
- Les ondes alpha correspondent à un état détendu avec attention passive
- Les ondes thêta sont associées à une relaxation profonde et à une attention intérieure
- Les ondes delta correspondent au sommeil profond
L'étude a révélé des schémas cérébraux complètement opposés entre les deux environnements. Dans la cabine fermée, les ondes bêta et alpha diminuaient progressivement, indiquant que le cerveau nécessitait moins d'efforts pour accomplir les mêmes tâches. À l'inverse, dans l'open space, les ondes gamma et thêta augmentaient continuellement, tout comme l'éveil et l'engagement mental.
Filtrer les distractions exige une énergie mentale
Ces résultats démontrent que dans les open spaces, le cerveau doit travailler davantage pour maintenir un niveau de performance équivalent. Même lorsque nous tentons d'ignorer les distractions environnantes, notre cerveau dépense une énergie mentale significative pour les filtrer. La cabine de travail, en éliminant la majorité des bruits de fond et perturbations visuelles, permettait au cerveau des participants de fonctionner avec une efficacité accrue.
Les chercheurs ont également observé une variabilité importante dans les réponses individuelles en open space. Certaines personnes présentaient une augmentation marquée de l'activité cérébrale, tandis que d'autres montraient des changements plus modestes. Cette diversité suggère que nous ne sommes pas tous également sensibles aux distractions des espaces de travail ouverts.
Des recherches antérieures convergentes
Ces résultats rejoignent un ensemble important de recherches menées au cours de la dernière décennie. Une étude de 2021 a mis en évidence une relation causale significative entre le bruit des open spaces et le stress physiologique, avec une augmentation de 25% de l'humeur négative et de 34% du stress physiologique.
Une autre recherche a démontré que les conversations en arrière-plan et les environnements bruyants peuvent dégrader les performances dans les tâches cognitives et accroître la distraction chez les travailleurs. Une analyse menée en 2013 auprès de plus de 42.000 employés de bureau dans plusieurs pays a révélé que ceux travaillant en open space étaient moins satisfaits de leur environnement de travail, principalement en raison de l'augmentation du bruit et du manque de confidentialité.
Solutions pour des espaces de travail plus efficaces
La capacité à se concentrer sans interruptions ni distractions constitue une exigence fondamentale du travail intellectuel moderne. Pourtant, cette nécessité reste largement sous-estimée dans la conception des espaces de travail contemporains. Il devient essentiel de créer des zones permettant aux salariés d'adapter leur environnement à la nature des tâches à accomplir.
Plusieurs organisations innovantes ont déjà entrepris des transformations significatives. LinkedIn a ainsi repensé son siège principal de San Francisco en réduisant de moitié le nombre de postes de travail en open space et en expérimentant 75 types d'espaces différents, incluant des zones dédiées au travail en concentration silencieuse.
Pour les entreprises soucieuses du bien-être cognitif de leurs employés, plusieurs mesures concrètes peuvent être envisagées :
- Création de différentes zones de travail adaptées à diverses activités
- Mise en place de traitements acoustiques et technologies de masquage sonore
- Installation de cloisons stratégiquement positionnées pour réduire les distractions visuelles et auditives
- Offre d'espaces de travail individuels ou semi-privés
Bien que ces aménagements puissent représenter un investissement initial supérieur à celui d'un open space traditionnel, leur rentabilité à long terme est démontrée. Des recherches ont révélé le coût caché considérable d'une mauvaise conception des bureaux sur la productivité, la santé et la fidélisation des employés.
Offrir aux salariés davantage de choix concernant leur exposition au bruit et aux interruptions ne constitue pas un luxe, mais une nécessité pour travailler plus efficacement tout en sollicitant moins notre cerveau. Une meilleure conception des espaces de travail représente ainsi un enjeu crucial pour l'avenir du travail hybride.



