Le Medef persiste avec son « CDI jeunes » controversé pour diviser le chômage des jeunes par deux
L'idée d'un « CDI jeunes », plus souple et moins rémunéré, a provoqué une levée de boucliers immédiate des syndicats. Patrick Martin, le président du Medef, défend mordicus sa proposition et appelle à faire de la jeunesse une grande cause nationale, avec l'objectif ambitieux de diviser par deux le taux de chômage des jeunes dans un délai de cinq ans.
Une anomalie française selon le patron du Medef
Interrogé sur l'opportunité de sa proposition, Patrick Martin a répondu avec fermeté : « Concernant l'emploi des jeunes, il existe aujourd'hui une anomalie française. Le taux de chômage des jeunes est de 21 % : en Suisse, il est à 3 % ! Le taux d'emploi des jeunes est de 35 %, contre 51 % en Allemagne ou 75 % aux Pays-Bas. C'est un scandale qui porte un préjudice grave aux jeunes eux-mêmes, mais aussi à l'ensemble du pays. Il faut en faire une cause nationale. »
Le président du Medef déplore une disproportion incompréhensible dans l'attention portée aux seniors par rapport aux jeunes, alors que ce sujet a selon lui des conséquences majeures sur l'équilibre des comptes sociaux, la compétitivité et l'innovation. Il souligne que « un certain nombre de ces jeunes qu'on laisse au bord de la route sont dans la colère et dans une dénonciation d'un modèle français », ce qui se traduirait dans leurs intentions de vote.
Un contrat ciblé sur les jeunes éloignés de l'emploi
Face aux accusations de ressemblance avec le CPE (Contrat Première Embauche) qui avait provoqué d'importantes mobilisations en 2006, Patrick Martin précise : « Ce n'est pas le cas : ce contrat ne viserait que les jeunes éloignés de l'emploi, les 1,4 million de jeunes sans emploi, ni scolarisés, ni en formation (NEET), dont 55 % de femmes et plus de 25 % de diplômés du supérieur. »
Le dispositif proposé prévoirait une rémunération temporairement inférieure au SMIC, comparable à celle des apprentis, mais avec un engagement fort de formation par les entreprises. L'objectif serait de « mettre le pied à l'étrier de ces jeunes très éloignés de l'emploi ou qui ont suivi des formations, y compris supérieures, qui n'assurent pas de débouchés professionnels ». Selon un récent sondage Elabe cité par le Medef, 49 % des jeunes considéreraient cette proposition intéressante.
Des propositions plus larges pour l'emploi des jeunes
Au-delà du « CDI jeunes », Patrick Martin avance plusieurs pistes pour améliorer la situation :
- Une meilleure inclusion des entreprises dans l'orientation et la définition de la carte des formations
- Une reconsidération du rôle des conseillers d'orientation qui, selon lui, connaissent mal le monde de l'entreprise
- Une attention particulière à la formation initiale, alors que la France se classe 23e en mathématiques, 28e en lecture et 26e en science dans la dernière étude PISA
Le président du Medef met en garde : « Si on ne règle pas ce sujet, on va exacerber un sujet qui est très abrasif, qui est celui de l'immigration économique pour répondre aux tensions de recrutement. »
Une société française en déni selon le patronat
Pour expliquer cette « anomalie française », Patrick Martin pointe du doigt « une forme de déni, de résignation ou de conservatisme ». Il décrit la France comme « une société de castes » avec « une forme d'indifférence coupable, y compris de la part des élites à l'égard des personnes qui n'appartiennent pas à leur monde ».
Il illustre son propos : « Mes interlocuteurs tombent souvent à la renverse quand je leur ai dit qu'il y a 650 000 adolescents dans les lycées professionnels, dont certains excellents et d'autres sont des voies de garage… Souvent, les jeunes en échec dans l'enseignement supérieur sont issus des familles qui n'ont pas les réseaux, pas l'éclairage pour choisir les bonnes orientations. »
L'intelligence artificielle et les nouvelles attentes des jeunes
Face aux inquiétudes des jeunes concernant l'impact de l'intelligence artificielle sur l'emploi, Patrick Martin tempère : « Notre conviction, c'est que l'intelligence artificielle n'occasionnera pas nécessairement une destruction nette d'emplois. En revanche, cela va nécessiter des reconversions massives pour les salariés en poste. »
Il reconnaît que « c'est une singularité française de se méfier de l'IA » et que « nos entreprises sont en retard sur son implémentation ». Le Medef a d'ailleurs organisé un tour de France de l'IA en 2025 avec 20 étapes pour diffuser les potentiels de cette technologie.
Concernant les critiques sur le rapport au travail de la génération Z, le président du Medef les rejette : « Je ne partage pas cette appréciation. Les jeunes s'intègrent très bien à l'entreprise, respectent les règles, la hiérarchie, les objectifs. Ils ont des attentes différentes, oui, liées aux technologies, au télétravail ou à l'équilibre vie professionnelle et vie personnelle. C'est aux entreprises de s'adapter à ces nouvelles attentes. »



