Infirmières et aides à domicile face à la flambée des prix du carburant
Infirmières et aides à domicile face à la flambée du carburant

Les indemnités kilométriques de certaines professions libérales, comme les infirmières et les aides à domicile, sont fixées par leurs conventions collectives ou par l'Assurance maladie. Malgré la hausse soudaine des prix du carburant, ces sommes n'ont pas évolué, laissant ces professionnelles en difficulté face à des tournées toujours aussi longues en zones rurales.

Des solutions alternatives pour réduire les coûts

Isabelle Chourrout, infirmière à Aïcirits dans le Pays basque, a pris les devants il y a bientôt trois ans en changeant son véhicule à essence pour une Volkswagen ID4 électrique en leasing. « Je l'avais décidé au moment de la précédente hausse des prix de l'essence avec le début de la guerre en Ukraine et parce que le prix des voitures était devenu trop cher. Je ne le regrette pas », partage-t-elle. Avec des prix du SP95 à 1,999 euro et du diesel à 2,367 euros chez Leclerc à Aïcirits, son choix est compréhensible, surtout quand ses tournées dessinent des trajets de plus ou moins 100 kilomètres dans la campagne jusqu'à Arroue, Pagolle ou Méharin.

L'infirmière souligne qu'elle n'a aucun problème d'autonomie, même si celle-ci varie de 430 kilomètres l'été à 330 l'hiver. « Je recharge la nuit et je n'ai aucun souci. » Deux de ses consœurs l'ont imitée, et d'autres pourraient suivre avec la crise actuelle liée à la guerre au Moyen-Orient.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les défis persistants pour les autres professionnelles

Laurie Serres, une collègue infirmière, utilise une Peugeot 2008 diesel et paie plein pot. « Je prends quand même 15 à 20 euros de plus par plein… Sachant qu'on peut faire jusqu'à deux pleins par semaine. Ou alors un seul, mais avec l'assurance de finir le dimanche sur la réserve ! »

Une troisième infirmière du même cabinet, Chantal Deporcq, a opté pour un entre-deux en passant d'un Volkswagen Tiguan diesel à un véhicule hybride rechargeable à l'essence. « J'arrive à m'y retrouver. Les collègues sont en train de passer à l'électrique, mais on oublie un peu que, l'an passé, on nous avait dit attention à la consommation pour ne pas avoir de black-out comme en Espagne… »

Les indemnités kilométriques en question

Les indemnités kilométriques des infirmières sont fixées par l'Assurance maladie, plafonnées à 35 centimes du kilomètre en plaine et 50 centimes en zone de montagne. Marie Alsinet, infirmière à Arthez-de-Béarn, observe : « Pour résumer, le prix des soins ne bouge pas mais nos charges augmentent. Mon plein est passé de 80 à 110 euros et j'en fais deux par semaine. »

Elle explique que ce n'est pas tant que son Peugeot Rifter consomme beaucoup, mais plutôt que ses tournées s'ajoutent aux besoins de la vie quotidienne. « Mon garagiste m'a dit que je ne consommais pas beaucoup parce que je conduis doucement, mais on le sent quand même passer. »

L'impact sur les aides à domicile

Les professionnelles attestent aussi de la préoccupation grandissante de leurs patients pour le sujet. « Ils nous en parlent, confirment les infirmières d'Aïcirits. Il y a un patient qui va tous les ans sur la tombe de sa femme en Gironde mais qui est contraint de repousser son voyage parce que ça coûte trop cher. C'est pareil pour tout le monde. Les auxiliaires de vie sont aussi à 0,35 euro du kilomètre et elles n'ont pas nos niveaux de revenus. »

Du côté de Louhossoa et Cambo, l'agence APEF (Agence professionnelle d'emploi familial) veille sur 27 professionnels, dont nombre d'aides à domicile. Nathalie Legofe, la patronne de l'agence locale, rembourse à 50 centimes du kilomètre depuis deux ans. « J'étais un peu fière de ça, ça permettait de mettre du beurre dans les épinards parce que c'est net d'impôt. Je me disais que ça remboursait un peu les à-côtés, mais la hausse nous a rattrapés et le petit plus n'existe plus. Je ne peux pas aller plus haut sous peine d'entrer dans les avantages en nature aux yeux de l'Urssaf. »

Des mesures d'adaptation nécessaires

Pour rester rentable, l'APEF de Louhossoa-Cambo a limité les trajets à 25 kilomètres maximum du domicile de l'intervenant. « On optimise le trajet et les frais au quotidien pour être à l'équilibre. On y arrive, mais c'est plus difficile avec le carburant qui flambe. Heureusement, certains peuvent faire le plein à Dancharia, ça compense. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Nathalie Legofe, ancienne cadre de la grande distribution, a fondé son agence en 2020, juste avant le Covid. « Très peu de franchises voulaient que je m'installe ici. On me disait que ce n'était pas rentable en raison des kilomètres à parcourir et on me conseillait plutôt d'ouvrir une agence à Bayonne, Anglet ou Biarritz. Mais moi, je me suis installée ici et c'est là que j'ai vu une pénurie d'aides à domicile. »

Le Gouvernement a débloqué 70 millions d'euros pour soutenir les transporteurs routiers, les agriculteurs et les pêcheurs dans la crise. Pour l'heure, ni les infirmières ni les aides à domicile ne sont concernées. Cette dernière corporation a aussi vu fleurir une autre inquiétude avec le projet de décret qui prévoit de repousser l'âge d'accès aux exonérations de cotisations patronales pour l'emploi à domicile de 70 à 80 ans.