Leboncoin : la grève historique des salariés contre le durcissement du télétravail
Grève historique chez Leboncoin contre le télétravail réduit

Leboncoin face à une mobilisation inédite de ses salariés

La plateforme française de petites annonces Leboncoin connaît une crise sociale sans précédent. Suite à son rachat par des fonds d'investissement anglo-saxons, l'entreprise a durci sa politique de télétravail, exigeant désormais trois jours de présence hebdomadaire au bureau au lieu d'un seul auparavant. Cette décision a provoqué la première grève de l'histoire de l'entreprise, avec une centaine de salariés mobilisés devant le siège parisien.

Une annonce « sournoise » pendant les congés d'été

Les employés dénoncent une communication opaque de la direction. « On m'a dit : 'venez, la politique de télétravail est très avantageuse' », témoigne un salarié embauché il y a quatre ans. Ce testeur de bugs de 35 ans, installé en Bretagne avec sa compagne infirmière et père d'un enfant d'un an, voit son équilibre familial menacé. « L'annonce a été sournoise », affirme-t-il. « Ça a commencé par des rumeurs puis ça a été annoncé pendant les congés d'été ».

Leboncoin se défend en affirmant que « notre modèle reste hybride », avec une transition progressive vers trois jours de présence à partir de juillet. La direction justifie cette mesure par la nécessité de « renforcer la collaboration, l'efficacité opérationnelle et la capacité d'innovation » pour les 1 500 employés français.

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Des situations personnelles devenues collectives

Pour de nombreux salariés, cette nouvelle organisation est impossible à mettre en œuvre. « Je ne peux pas réaliser ce qu'on me demande », s'inquiète le père de famille breton. « On a un contrat avec l'assistante maternelle, un planning, et ma compagne travaille en horaires décalés... ». Il avoue dormir moins bien depuis plusieurs mois.

Florine Moutoussamy, déléguée syndicale CGT et élue au CSE, résume la situation : « Ce sont beaucoup de situations individuelles qui, mises bout à bout, créent une souffrance collective ». Les syndicats dénoncent également une revalorisation salariale insuffisante, alors qu'ils estiment le chiffre d'affaires de Leboncoin à 550 millions d'euros, avec une marge nette de 10 à 15%.

Un changement de culture managériale

Le tournant remonte à mai 2024, lorsque les fonds américain Blackstone et britannique Permira ont acquis Adevinta, la maison-mère norvégienne de Leboncoin. Depuis, salariés et syndicats observent une transformation radicale de la culture d'entreprise.

« Ils sont passés à un mode de performance, forçant les télévendeurs à atteindre des objectifs pas raisonnables », dénonce un manager. Selon lui, la stratégie serait motivée par une logique financière : « Ils veulent revendre dans deux, trois ans ce fleuron français, donc il faut que les métriques soient bonnes ».

Peggy, développeuse de 51 ans, va plus loin : « On soupçonne la direction de faire tout ça pour que les gens partent, pour réduire la masse salariale » avant une éventuelle revente. Cette hypothèse avait été évoquée fin 2024 par l'ancien patron Antoine Jouteau, qui reconnaissait que la vente était « une possibilité » avec des actionnaires ayant « une vision différente ».

Une entreprise en pleine transformation

Connue du grand public pour ses petites annonces entre particuliers, Leboncoin a diversifié ses activités vers les services professionnels :

  • Immobilier
  • Automobile
  • Tourisme
  • Ressources humaines

Cette diversification s'accompagne aujourd'hui d'une crise sociale majeure qui interroge sur l'avenir du modèle social de l'entreprise sous pavillon anglo-saxon. La grève du mercredi marque un tournant dans les relations sociales chez Leboncoin, symbole des tensions entre logiques financières internationales et protection des conditions de travail des salariés français.

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