Gironde : Une flambée du surendettement qui inquiète les autorités
Selon les derniers chiffres dévoilés par la Banque de France, le département de la Gironde fait face à une augmentation significative du nombre de dossiers de surendettement déposés en 2025. Cette hausse, plus marquée qu'au niveau national ou régional, a été au cœur des discussions lors de la plénière de la commission de surendettement girondine, présidée ce mardi par le préfet délégué pour l'égalité des chances, Bachir Bakhti.
Des chiffres qui illustrent une tendance préoccupante
Marie-Agnès De Montbron, directrice régionale Nouvelle-Aquitaine de la Banque de France, a présenté une synthèse alarmante de la situation. Plus de 4 000 dossiers ont été déposés l'année dernière, soit près de 500 de plus que l'exercice précédent. Cette progression de 13,6% à l'échelle départementale dépasse largement les hausses enregistrées au niveau régional (+12,1%) et national (+9,8%).
« Une hausse des dépôts de dossiers alors que nous avions connu une baisse sur les dix années précédentes », a-t-elle souligné, mettant en lumière un renversement de tendance inquiétant. Depuis 2024, la Gironde compte environ un millier de surendettés supplémentaires par rapport à la période 2021-2023.
L'endettement médian en forte progression
L'endettement médian, hors immobilier, ne cesse de croître dans le département. Il est passé à 18 733 euros en 2025, contre 17 152 euros en 2023 et seulement 16 700 euros en 2021. Cette envolée des dettes touche principalement les populations les plus précaires, comme le confirment les données nationales :
- Près de 62% des surendettés vivent en dessous du seuil de pauvreté.
- 42% d'entre eux dépendent à un quart de leurs revenus des prestations sociales.
- 55% sont des femmes et 65% présentent un faible niveau de qualification.
En Gironde, la situation est très hétérogène, avec des disparités territoriales marquées. Alors que le bassin d'Arcachon enregistre 211 dépôts de dossiers pour 100 000 habitants, des zones comme le Bazadais, le Blayais ou le Pays foyen en totalisent plus de 500, 467 et 441 respectivement.
Les jeunes et les nouveaux modes de crédit en première ligne
Deux tendances émergent des dernières statistiques. D'une part, les jeunes sont de plus en plus touchés par le surendettement. Les 18-29 ans représentent désormais 12% des surendettés, avec une augmentation de 36% en France. « Ce phénomène s'observe un peu partout », confirme Mathilde Portes, responsable du service des particuliers à la Banque de France girondine.
D'autre part, de nouveaux modes de consommation sont identifiés comme facteurs de risque majeurs :
- Le paiement fractionné (les fameux ×2 ×3 sans frais).
- Le leasing.
- Le minicrédit, qualifié d'« extrêmement piégeant » par Marie-Agnès De Montbron.
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a récemment comparé ces minicrédits à une « forme de drogue douce », dont les effets se font sentir dans l'endettement croissant des jeunes.
Des mesures législatives pour encadrer les pratiques
Une nouvelle loi, entrant en vigueur en novembre prochain et transposant une directive européenne de 2023, vise à renforcer la protection des emprunteurs. Elle soumettra les crédits de moins de 200 euros et tous les paiements fractionnés de trois mois ou moins aux règles protectrices du crédit à la consommation, ce qui n'est pas le cas actuellement.
Ces dispositions pourraient aider à freiner la dynamique du surendettement en Gironde, où les dettes à la consommation représentent plus de 44% du total, suivies par les dettes immobilières (26,3%) et celles liées aux charges courantes (environ 12%).
Un phénomène qui masque une précarité plus large
Malgré ces chiffres préoccupants, la Banque de France relativise le taux de surendettement. En 2025, 148 000 dossiers ont été accompagnés en France, un pays qui compte environ dix millions de personnes sous le seuil de pauvreté. « Cela reste assez marginal », estime Marie-Agnès De Montbron, avant d'ajouter : « Comment font les autres personnes vivant en grande précarité ? Elles renoncent à se chauffer, se privent de nourriture ou de soins de santé. Une bonne part de cette population vit de manière très dégradée. »
Cette analyse souligne que le surendettement n'est que la partie émergée d'un iceberg de précarité bien plus vaste, nécessitant des réponses politiques et sociales urgentes.



