Formations farfelues et refus abusifs : le double scandale de France Travail
Une enquête de l'émission Complément d'enquête, diffusée le 9 avril sur France 2, a révélé l'existence de formations insolites référencées sur le site de France Travail, dont une formation pour rencontrer des elfes. Le directeur de l'institution, Thibaut Guilluy, a découvert cette information devant les caméras et a exprimé sa surprise, promettant de vérifier.
Un catalogue de formations surprenant
Impossible de retrouver la formation aux elfes sur le site, mais d'autres offres étonnantes subsistent. Les demandeurs d'emploi peuvent toujours s'inscrire à une formation aux bols chantants à Saint-Vincent-de-Tyrosse, un module pour devenir praticien en mandala thérapie à Paris, ou une initiation à l'ikigai à Nantes. Hervé Jouanneau, directeur orientation et formation de France Travail, explique que l'institution ne peut pas expurger ces formations du domaine du bien-être, même si elles ne mènent pas directement à l'emploi.
Des refus de financement injustifiés
Derrière ce scandale des formations farfelues se cache une réalité plus sombre : celle des demandeurs d'emploi à qui France Travail refuse des formations essentielles. Dia, 32 ans, vidéaste étrangère, s'est vu refuser une formation en français C1, pourtant cruciale pour son retour à l'emploi. Paul, 48 ans, monteur, a essuyé un refus pour une formation en intelligence artificielle, jugée trop chère et non prioritaire.
Une iniquité de traitement documentée
Ces cas ne sont pas isolés. Le médiateur national de France Travail relève depuis des années des incohérences dans les motifs de refus et une iniquité de traitement. En 2024, il a pointé des blocages administratifs empêchant l'accès à des formations pourtant validées dans les parcours personnalisés. Hervé Jouanneau admet que une demande individuelle sur deux est rejetée, souvent pour projet professionnel non abouti ou réorientation vers d'autres dispositifs.
Un contexte budgétaire tendu
Ces restrictions surviennent dans un contexte de coupes budgétaires inédites. Seulement 377 millions d'euros sont disponibles cette année pour améliorer les qualifications, contre près de 855 millions en 2023. Plus de 60 000 places de formation seraient supprimées. France Travail lui-même perd 515 postes à temps plein. Pourtant, une étude de la Dares montre que la probabilité de retrouver un emploi augmente de 10 % après une formation.
Des formations imposées mais inadaptées
Certains demandeurs d'emploi se voient imposer des formations inadaptées. Un titulaire d'un master en multimédia a dû suivre une formation basique sur les outils numériques. Un autre, avec quatre masters, s'est vu suggérer de passer l'ENA (devenue INSP). En 2024, vingt-six femmes d'Île-de-France ont participé à une formation de secrétaire assistante médico-sociale financée par France Travail, mais aucune n'a été recrutée six mois après, les entreprises partenaires n'existant pas.
Vers des améliorations ?
France Travail met en avant des chiffres impressionnants : 6 millions de demandeurs d'emploi formés depuis 2021, 270 000 formations financées en 2025. L'institution renforce ses liens avec la Miviludes pour lutter contre les dérives sectaires et prévoit un outil de signalement en ligne pour l'automne. Mais en attendant, les formations aux bols chantants continuent d'être proposées, avec une prochaine session le 18 septembre.



