Fin du financement du permis par le CPF : une décision qui pénalise les travailleurs précaires
Fin du permis par CPF : les travailleurs précaires pénalisés

La fin du financement du permis par le CPF : un coup dur pour les travailleurs précaires

Son passeport pour la liberté, Charlotte l’a obtenu en janvier, quand elle a décroché son permis de conduire du premier coup. « C’est vraiment pratique pour venir travailler. Ce n’est pas toujours marrant avec la nuit et la pluie mais je suis tellement plus libre », sourit-elle. Cette jeune femme de 22 ans, habitant près de Vitré en Ille-et-Vilaine, a utilisé 500 euros de son compte personnel de formation (CPF) pour financer ses leçons, après plusieurs déménagements ayant nécessité des changements d’auto-école.

Une décision sénatoriale prise en catimini

Depuis 2023, les Français pouvaient puiser dans leur CPF, géré par la Caisse des dépôts, pour financer leur permis de conduire. Mais un amendement voté début décembre par une poignée de sénateurs, sans débat, a mis fin à cette possibilité. Seuls les demandeurs d’emploi pourront désormais utiliser leur compte de formation pour le permis, une décision prise à Paris, loin des territoires ruraux qui en ont le plus profité.

Dans une interview à Public Sénat, Monique Lubin, la sénatrice socialiste à l’origine de cet amendement, a reconnu que la mesure ne générerait pas d’économies pour les comptes publics. Elle vise plutôt à sauver les centres de formation proposant des bilans de compétences, aux dépens des travailleurs ayant besoin d’aide pour financer un permis dont le coût moyen dépasse souvent 2 000 euros.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La colère des auto-écoles et des apprentis

« Ça me met tellement en colère. Sans le CPF, moi, je n’aurais jamais pu passer mon permis. Je suis dégoûtée qu’ils arrêtent », témoigne Glandy, 33 ans, qui vient d’obtenir son précieux sésame. Travaillant souvent très tôt ou les jours fériés, elle était limitée dans ses déplacements et craint que cette suppression n’entraîne une hausse de la conduite sans permis.

Salomé, 29 ans, a quasiment siphonné son CPF pour financer ses leçons après avoir quitté Paris pour Rennes. « Ça va être tellement pratique. Pour bouger, pour aller voir ma famille. Et pour trouver du travail, c’est vraiment un bonus sur le CV », explique-t-elle. Elle s’interroge sur l’utilité du CPF si cet argent, cotisé par les salariés, n’est plus à leur disposition.

Un impact majeur sur les travailleurs précaires

Nicolas Boisseau, de l’auto-école Erasmus à Rennes, dénonce une mesure qui « sanctionne ceux qui cotisent ». Il a vu affluer des personnes paniquées par la rumeur de suppression. « Quasiment tous les gens qui utilisent leur CPF pour passer leur permis sont en précarité. Ce sont des personnes qui travaillent mais n’ont pas les moyens de mettre 2 000 euros ou plus dans un permis », ajoute sa femme Isabelle Boisseau, qui dirige une auto-école à Vitré.

Dans cette ville au faible taux de chômage, les travailleurs précaires sont nombreux et habitent souvent dans des communes alentour où l’immobilier est moins cher. « On les voit venir chez nous avec leur vélo ou leur trottinette. Ils galèrent à financer. Et là, on les punit ? Si on leur enlève le CPF, ils ne pourront plus passer leur permis », prévient Isabelle Boisseau.

Le permis, un droit et non un privilège

Dans leur auto-école, ceux qui financent leur permis avec le CPF représentent 25 % des élèves. Le couple s’inquiète pour cette France qui cotise mais ne pourra plus utiliser son épargne de formation. « Qu’ils le gardent pour les demandeurs d’emploi, je trouve ça bien. Mais eux, ils touchent déjà des aides », rappelle la monitrice, soulevant une question cruciale : « Faut-il ne pas travailler pour être aidé ? ».

Dans une tribune au gouvernement, les organisations professionnelles des écoles de conduite martèlent un message essentiel : « Le permis de conduire n’est pas un privilège. C’est un droit pour celles et ceux qui travaillent. » Cette mesure, perçue comme injuste et stupide par beaucoup, risque d’aggraver la précarité et de limiter l’autonomie des travailleurs en zone rurale.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale