L'emploi salarié marque le pas au quatrième trimestre 2025
L'emploi salarié en France affiche une légère contraction au quatrième trimestre 2025, selon les données publiées par l'Insee ce vendredi 27 février. Le repli est modéré à -0,1% sur l'ensemble du marché, mais il masque des disparités significatives entre secteurs publics et privés, ainsi qu'entre différentes catégories d'âge.
Une baisse plus prononcée dans la fonction publique
L'analyse détaillée révèle que l'emploi salarié a reculé un peu plus nettement dans la fonction publique (-0,3%) que dans le secteur privé (-0,1%). Cette tendance s'inscrit dans un contexte plus large de ralentissement, marquant le cinquième trimestre consécutif de baisse dans ce secteur, après la période de forte expansion post-crise sanitaire de 2020-2021.
Globalement, l'emploi salarié se situe 0,2% sous son niveau d'un an auparavant, ce qui représente une perte de 45 900 postes. Néanmoins, comme le souligne l'Institut national de la statistique et des études économiques, « l'emploi dépasse encore nettement son niveau d'avant la crise sanitaire, fin 2019 ».
Une phase d'ajustement plutôt qu'un retournement
Le ministère du Travail interprète cette évolution comme traduisant « davantage une phase d'ajustement et de normalisation qu'un retournement du marché du travail ». Les observateurs décrivent une situation de « ralentissement diffus mais modéré, sans contraction généralisée de l'emploi ».
Charlotte de Montpellier, économiste à la banque ING, commente : « C'est rassurant, parce que c'est résilient mais ce n'est pas non plus encourageant ». Elle analyse que ces chiffres « montrent que l'économie française est un peu en panne de moteur », une situation qui pourrait selon elle se prolonger.
L'alternance et les jeunes particulièrement affectés
Le quatrième trimestre 2025 révèle des baisses sectorielles significatives :
- Construction : -0,4%
- Tertiaire non marchand : -0,3%
- Enseignement : -13 500 emplois
- Administration publique : -11 300 emplois
L'emploi intérimaire, souvent considéré comme indicateur avancé des tendances du marché, diminue légèrement (-0,2%). Mais c'est surtout l'alternance qui préoccupe les observateurs : les contrats en alternance baissent de 0,8% sur le trimestre et de 4,2% sur un an, représentant une perte de 38 100 emplois.
Cette diminution de l'alternance, sur fond de réduction des aides publiques notamment pour les apprentis dans le supérieur, contribue directement au recul de l'emploi salarié des jeunes de 15 à 29 ans (-0,3%). En contraste marqué, l'emploi des 55 ans et plus continue sa progression : +0,6% sur le trimestre et +2,4% sur un an.
Un taux de chômage en hausse, particulièrement chez les jeunes
Au quatrième trimestre 2025, le taux de chômage atteint 7,9%, son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2021. La hausse est particulièrement préoccupante chez les jeunes, avec un taux de chômage des 15-24 ans qui grimpe à 21,5%.
Charlotte de Montpellier souligne : « Le taux de chômage des jeunes va rester un point d'attention dans les prochains mois parce que quand on a un marché de l'emploi peu dynamique, les jeunes sont ceux qui en souffrent le plus ».
Une croissance économique qui peine à créer des emplois
L'Insee a confirmé parallèlement que la hausse du taux de croissance du PIB de la France s'établissait à 0,9% en 2025. Mathieu Plane, directeur adjoint du département Analyse et prévision de l'OFCE, y voit une « croissance molle », « insuffisante pour créer des emplois, surtout à un moment où les politiques de l'emploi ne sont plus en soutien ».
Il pointe également le climat d'incertitude persistant pour les entreprises : « Pour les entreprises, l'incertitude continue à subsister, même si on a un budget, le climat sur la politique économique nationale est compliqué ».
Cette situation contraste fortement avec la période faste de création d'emplois qu'a connue l'économie française entre fin 2020 et fin 2024, soulignant la fragilité actuelle du marché du travail français face aux défis économiques et aux ajustements politiques.



