La Cooperl de Lamballe dépend des travailleurs étrangers pour maintenir son activité
Cooperl Lamballe : l'indispensable main-d'œuvre étrangère

La dépendance croissante de l'agroalimentaire breton à l'immigration

« C'est simple. Sans les travailleurs étrangers, demain matin, chez nous, tout s'arrête. » Cette déclaration sans équivoque émane de François Thébault, directeur des ressources humaines de la Coopérative des éleveurs de la région de Lamballe, plus connue sous le nom de Cooperl. Cette structure emblématique des Côtes-d'Armor regroupe environ 2 700 éleveurs de porcs et emploie plus de 7 500 salariés en contrat à durée indéterminée.

Une proportion étrangère en constante augmentation

Fin décembre 2025, la Cooperl comptait 946 salariés étrangers représentant 67 nationalités différentes, soit 13,3 % de l'effectif total. « Actuellement, lorsque nous diffusons une offre d'emploi, nous recevons jusqu'à 80 % de candidatures étrangères, et cela dans tous nos métiers », révèle François Thébault. La coopérative propose plus de 600 métiers différents, l'abattage ne représentant plus l'activité principale depuis longtemps.

La présence de main-d'œuvre étrangère dans les abattoirs bretons n'est pas nouvelle. Dès les années 1970, les abattoirs Kermené recrutaient en Afrique, faute de candidats locaux pour des postes difficiles et peu rémunérés. Le village de Collinée (Côtes-d'Armor) était surnommé « le petit Mali » à cette époque.

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Une transformation profonde du marché du travail

La situation actuelle diffère radicalement. D'une part, les conditions de travail dans les abattoirs se sont nettement améliorées. D'autre part, la démographie locale crée des pénuries pour « des postes qualifiés à très qualifiés », selon François Thébault. Le groupe a même recruté des informaticiens en Inde il y a deux ans et fait venir des Brésiliens dans les Côtes-d'Armor pour travailler dans l'agroalimentaire.

Le DRH identifie une double pénurie du côté des Français : « Il manque le nombre et la compétence. Les formations agricoles ne forment plus assez de jeunes à certains de nos métiers », comme la conduite de ligne. Avec 17 000 habitants et le numéro un français de la production porcine comme locomotive économique, Lamballe frôle le plein-emploi avec un taux de chômage local inférieur à 5 %.

Une stratégie d'intégration volontariste

Audrey Grare, responsable de la diversité aux ressources humaines du groupe, témoigne de cette transformation : « Mon dentiste est roumain et je pense que les élèves étrangers sont désormais majoritaires dans certaines écoles maternelles et primaires du secteur. » Son poste, créé récemment, symbolise l'intégration de l'immigration dans la stratégie de la coopérative.

La Cooperl a mis en place plusieurs dispositifs d'accueil :

  • Équipement des chefs d'équipe de boîtiers de traduction en plusieurs langues
  • Mise en place de navettes de transport en commun
  • Investissement dans le logement pour pallier la pénurie locale
  • Création d'une association de soutien scolaire pour enfants allophones
  • Inauguration en 2023 d'un centre de formation aux métiers de l'agroalimentaire

Des parcours d'intégration réussis

Andrea Stefanescu, arrivée de Roumanie en 2009, illustre cette intégration réussie. Naturalisée française, mère de deux enfants, elle travaille désormais dans la gestion administrative après avoir débuté en atelier. « Maintenant, notre vie est ici. Quand je retourne en Roumanie, on me trouve française », confie-t-elle.

Alin Stroe, 36 ans, présente un parcours encore plus étonnant. Se destinant à devenir prêtre orthodoxe en Roumanie, il est arrivé en France sans parler français. De chef de chorale orthodoxe, il est devenu cadre à la Cooperl, responsable de 320 salariés de différentes nationalités. « Le plus dur, c'est le départ, résume Alin. J'étais chef de chorale, me voilà chef d'atelier. »

Un phénomène mondial qui s'accélère

Les deux Roumains soulignent un paradoxe : leur pays d'origine est lui-même devenu une terre d'immigration, accueillant des travailleurs venus du Vietnam ou du Népal. La Roumanie est passée de 23 millions d'habitants en 1990 à 19,2 millions aujourd'hui.

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La Cooperl ne fait que suivre un vaste mouvement mondial. La prochaine étape, selon tous les observateurs, sera la reprise d'élevages par des étrangers. Face aux besoins prévisibles en renouvellement des effectifs, l'entreprise a définitivement abandonné l'idée de trouver suffisamment de salariés opérationnels en France. L'acclimatation des travailleurs étrangers, même sans connaissance du français ni véhicule personnel, est désormais au cœur de sa stratégie de développement.