Écarts salariaux femmes-hommes : un ralentissement alarmant dans le secteur privé
L'Institut national de la statistique (Insee) a publié ce jeudi des données préoccupantes sur les écarts de salaires entre femmes et hommes dans le secteur privé en France. En 2024, l'écart salarial ne s'est réduit que de 0,4 point, marquant un net ralentissement par rapport aux années précédentes, où la baisse était en moyenne de 0,9 point par an entre 2019 et 2023. Actuellement, les femmes gagnent en moyenne 21,8 % de moins que les hommes, un chiffre qui souligne la persistance des inégalités.
Un chemin vers l'égalité qui s'allonge
Au rythme de réduction observé en 2024, il faudrait 54,5 années pour que l'écart salarial moyen soit entièrement résorbé. Cette lente progression est principalement attribuée à la ségrégation professionnelle, où les femmes occupent souvent des métiers moins rémunérateurs, et à une plus forte proportion de temps partiel. En 2024, le revenu salarial net des femmes s'élevait à 22 060 euros, contre 28 220 euros pour les hommes, soit un écart de plus de 6 000 euros.
Des disparités qui varient avec l'âge et le statut
L'Insee met en lumière des écarts plus marqués avec l'âge. À temps de travail égal, l'écart de rémunération n'est que de 3,2 % chez les moins de 25 ans, mais il atteint 24,1 % chez les 60 ans et plus. Cette augmentation s'explique en partie par une insertion plus tardive des femmes sur le marché du travail, malgré un niveau de diplôme souvent supérieur à celui des hommes.
Par catégories socioprofessionnelles, les inégalités persistent :
- Les femmes employées sont payées 1,3 % de moins que leurs collègues masculins.
- L'écart s'élève à 20 % chez les ouvriers.
- Il est de 9,8 % chez les professions intermédiaires et de 4,3 % chez les cadres.
De plus, les femmes représentent 42 % des postes salariés en équivalent temps plein dans le privé, mais n'occupent que 1 % des postes les plus rémunérés.
La directive européenne sur la transparence salariale en attente
La France doit transposer d'ici le 7 juin 2024 la directive européenne sur la transparence salariale, visant à renforcer le principe d'égalité de rémunération pour un travail de valeur égale, établi par une loi de 1972. Cependant, les syndicats, dont la CFDT, la CGT, FO, et d'autres, ont rappelé dans un communiqué conjoint que la ségrégation professionnelle reste la première cause de ces inégalités. Ils réclament une revalorisation des métiers féminisés, notamment dans les secteurs du soin et du lien, avant la journée internationale des droits des femmes le 8 mars.
Perspectives et défis à venir
Malgré une baisse continue depuis 1995, où l'écart à temps de travail égal était de 22,1 % contre 14 % en 2024, le ralentissement actuel montre que les discriminations salariales ont la vie dure. Le volume de travail annuel des femmes reste inférieur de 9,1 % à celui des hommes, un écart qui s'est réduit par rapport aux 14,9 % de 1995, mais qui contribue toujours aux inégalités globales. La communauté européenne doit se positionner fermement sur cette question pour accélérer les progrès vers l'équité.



