Le Conseil d'analyse économique s'oppose au durcissement des critères d'accès au chômage
Dans une note publiée ce mardi 14 avril 2026, le Conseil d'analyse économique (CAE) émet des recommandations claires concernant une éventuelle nouvelle réforme de l'assurance chômage. Les économistes François Fontaine, Roland Rathelot et Alexandra Roulet, auteurs de cette analyse, préconisent de ne pas durcir les conditions d'éligibilité et suggèrent plutôt la suppression de l'allongement de la durée d'indemnisation pour les personnes âgées de 55 à 56 ans.
Un contexte de réformes répétées
Cette publication intervient dans un contexte particulier où cinq réformes de l'assurance chômage se sont succédé au cours des dix dernières années. Les auteurs constatent que ces modifications successives ont été mises en œuvre « sans cadre conceptuel cohérent » depuis maintenant vingt-cinq ans. Leur note propose justement un cadre permettant d'évaluer simultanément les impacts des différentes options de réforme sur la situation financière des chômeurs indemnisés, sur les finances publiques et sur le niveau d'emploi.
Pourquoi éviter de durcir l'éligibilité ?
Les économistes du CAE estiment que modifier les critères d'éligibilité « ne fait que peu changer les comportements tout en ayant un coût important pour les personnes affectées, souvent précaires ». Actuellement, pour bénéficier des allocations chômage, il faut avoir travaillé six mois (soit 130 jours ou 910 heures) au cours des vingt-quatre derniers mois.
Si cette durée minimale passait de six à huit mois - une mesure envisagée par Gabriel Attal lorsqu'il était Premier ministre - l'effet sur les comportements des entreprises serait « très limité ». Cette modification pénaliserait principalement les demandeurs d'emploi les plus pauvres, « un public pour lequel l'assurance contre la perte de revenus est essentielle ».
Le cas spécifique des 55-56 ans
La note se penche particulièrement sur la tranche d'âge des 55-56 ans, qui bénéficie actuellement d'une durée d'indemnisation maximale de 22,5 mois, contre 18 mois pour les personnes de moins de 55 ans. Les auteurs observent qu'à cet âge, « les effets de comportement sont particulièrement marqués ».
Par ailleurs, la chute de consommation consécutive à la perte d'emploi est souvent « contenue » car ces personnes « disposent d'une épargne plus importante que la moyenne des demandeurs d'emploi ». La note préconise donc de supprimer cette marche intermédiaire, jugée trop coûteuse au regard du bénéfice réel pour les personnes concernées.
Une approche équilibrée des réformes
Le Conseil d'analyse économique propose ainsi une approche plus nuancée que certaines réformes précédentes. Plutôt que de restreindre l'accès aux allocations pour l'ensemble des demandeurs d'emploi, les économistes suggèrent de cibler spécifiquement les dispositifs dont l'efficacité économique est limitée.
Cette analyse intervient à un moment où le débat sur l'assurance chômage reste vif en France, avec des positions divergentes entre le gouvernement, les partenaires sociaux et les experts économiques. La note du CAE apporte des arguments chiffrés et une perspective de long terme à ce débat complexe.



