Assurance chômage : les partenaires sociaux tentent un accord pour éviter la mainmise du gouvernement
Les partenaires sociaux se sont réunis ce mercredi dans une tentative cruciale de s'accorder sur une réforme de l'assurance chômage. L'objectif est clair : dégager au moins 400 millions d'euros d'économies annuelles pour éviter que le gouvernement ne reprenne directement la main sur les conditions d'indemnisation des chômeurs. Cette négociation survient alors que la CGT organisait une manifestation devant le siège de l'Unédic, rassemblant au moins 300 personnes pour protester contre ce qu'elle qualifie de baisse « inédite » des droits des chômeurs.
Une manifestation symbolique contre la régression des droits
Devant le siège de l'Unédic, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a dénoncé avec véhémence une réduction de 25% des droits des chômeurs depuis 2017. « On ne lutte pas contre le chômage en s'attaquant aux chômeurs », a-t-elle martelé devant une foule composée principalement de militants de la fédération du Spectacle (FNSAC) et du comité chômeurs et précaires. Cette mobilisation illustre la tension palpable autour des négociations en cours.
Les points de friction principaux
Au cœur des discussions figurent plusieurs propositions controversées :
- Les ruptures conventionnelles : Le gouvernement estime que ce dispositif, créé en 2008, est devenu trop coûteux, avec des dépenses d'allocations atteignant 9,4 milliards d'euros en 2024, soit 26% du total. Les 515 000 ruptures conventionnelles individuelles conclues cette année, souvent dans de petites entreprises, sont dans le collimateur.
- L'augmentation du nombre d'heures pour les intermittents : Une proposition patronale suggère de porter de 507 à 557 heures le nombre annuel nécessaire pour être indemnisé. Ghislain Gauthier, secrétaire général de la FNSAC, craint que cette mesure empêche de nombreux intermittents d'ouvrir des droits.
- La dégressivité des allocations : Les organisations patronales proposent de réduire à 15 mois (au lieu de 18) la durée maximale d'indemnisation pour les chômeurs de moins de 55 ans ayant signé une rupture conventionnelle, avec une baisse de 30% après six mois pour la majorité.
Un objectif d'économies bien précis
La négociation a été ouverte à la demande du gouvernement Lecornu, qui a écarté une réforme plus large avec un objectif d'économies dix fois supérieur, demandée en août par son prédécesseur François Bayrou. La mission confiée aux partenaires sociaux est donc claire : économiser au moins 400 millions d'euros par an. Après une période de retrait du Medef, les trois organisations patronales (Medef, CPME et U2P) sont désormais présentes avec la volonté d'économiser au moins un milliard et d'élargir les discussions au-delà des seules ruptures conventionnelles, une position jugée irrecevable par les syndicats.
Vers un compromis possible ?
Lundi, les chefs de file des cinq syndicats représentatifs ont appelé le patronat à se montrer « raisonnable », plusieurs exprimant un optimisme prudent quant à un accord possible. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, a évoqué une « voie de passage », tandis que Frédéric Souillot de FO a rappelé : « Depuis toujours on nous dit que c'est dans la philosophie du gouvernement de vouloir reprendre la main sur l'assurance chômage mais à chaque fois, on lui a démontré qu'on était capable de trouver des accords. »
La CGT, en revanche, se montre moins accommodante, désignant les employeurs comme responsables des abus de ruptures conventionnelles et proposant un « malus » pour ceux y ayant beaucoup recours. La CFE-CGC, représentée par son négociateur Jean-François Foucard, s'oppose fermement à la dégressivité, la jugeant inutile.
Les enjeux sous-jacents
L'issue de cette journée de négociation incertaine aura des conséquences importantes. Elle déterminera non seulement le futur des conditions d'indemnisation des chômeurs, mais aussi la possibilité d'avancer dans l'autre négociation en cours sur les contrats courts. Les partenaires sociaux sont conscients que leur capacité à trouver un compromis pourrait préserver l'autonomie du système paritaire face aux velléités gouvernementales de reprendre le contrôle.



