Gérard Lhéritier, l'empereur niçois du parchemin, a finalement plaidé coupable dans l'affaire Aristophil, surnommée « l'escroquerie du siècle ». Condamné en première instance à cinq ans de prison ferme en 2025, il a négocié sa peine en appel et échappe à l'incarcération.
Une pyramide de Ponzi démasquée
L'affaire remonte aux années 1990, lorsque Gérard Lhéritier fonde Aristophil, une société basée à Nice spécialisée dans l'achat et la revente de manuscrits et parchemins anciens. Le principe était simple : acquérir des œuvres aux enchères, puis les revendre en indivision à des investisseurs, leur promettant une plus-value à terme. Mais en réalité, Aristophil rachetait elle-même les biens, fonctionnant comme une pyramide de Ponzi. Le système s'est effondré au milieu des années 2010, causant un préjudice estimé à plus d'un milliard d'euros et affectant près de 5 000 parties civiles.
Un procès-fleuve et une condamnation
Pendant près de dix ans d'instruction, Gérard Lhéritier a nié en bloc les accusations d'escroquerie et de pratiques commerciales trompeuses. Lors de son procès fin 2025, il a continué à clamer son innocence, mais les juges l'ont reconnu coupable et condamné à cinq ans de prison. Il avait alors annoncé faire appel, promettant de se battre jusqu'au bout.
Un revirement stratégique
Mais le 14 avril 2026, lors d'une comparution par reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), Gérard Lhéritier a plaidé coupable. Cette procédure lui a permis de négocier sa peine avec le parquet général : sa peine a été réduite à deux ans de prison, avec possibilité d'aménagement sous bracelet électronique. Ainsi, à 78 ans, il évite la détention.
Pour les victimes, cette issue est amère. Maître Arnaud Delomel, avocat de près de 400 parties civiles, dénonce une décision « pas satisfaisante » et estime que cette CRPC « n’a pas de sens, si ce n’est pour désengorger les tribunaux ». Il ironise sur le revirement de Gérard Lhéritier, « qui depuis dix ans se dit innocent et devient coupable en l’espace de quelques semaines ».
Le parquet général s'évite ainsi un second procès-fleuve, tandis que l'empereur du parchemin purgera sa peine chez lui, sous surveillance électronique.



