Vendredi 13 à Alès : la fièvre du loto s'empare des joueurs en quête de fortune
Vendredi 13 à Alès : la ruée vers les jeux de hasard

La tradition du vendredi 13 fait le bonheur des buralistes alésiens

Comme chaque vendredi 13, une atmosphère particulière règne dans les bureaux de tabac d'Alès. Les joueurs affluent, attirés par les cagnottes exceptionnelles proposées ce jour-là. Christophe Vidal, gérant du tabac-presse Le Marigny situé rue Saint-Vincent, observe ce phénomène avec attention. "Depuis mercredi, le nombre de clients augmente sensiblement", constate-t-il. Dans son établissement, les écrans et affiches annoncent des gains à faire rêver : 13 millions d'euros pour le Loto et 51 millions pour l'Euromillions.

Entre habitude et superstition : les motivations des joueurs

Jean-René, du tabac-presse Gout situé rue Edgar-Quinet, explique cette ruée par plusieurs facteurs. "La publicité télévisée joue un rôle important, mais le vendredi 13 représente surtout une tradition bien ancrée", analyse-t-il. De nombreux clients optent pour la grille flash, un système qui laisse le hasard choisir les numéros à leur place.

Julien, un habitué des jeux de hasard, vient justement de valider son ticket pour l'Euromillions. "Je joue régulièrement le vendredi, pas spécialement à cause de la date", précise-t-il. "Je ne me considère pas comme superstitieux, même si je compte un peu sur ma bonne étoile. La chance pure, j'y crois modérément."

Paraskevidékatriaphobie : entre fascination et crainte

Le vendredi 13 suscite des réactions contrastées dans la population. Pour certains, cette date symbolise la chance et l'opportunité. Pour d'autres, elle évoque au contraire le malheur et inspire une véritable phobie, désignée par le terme savant de paraskevidékatriaphobie. Ce mot complexe trouve son origine dans la langue grecque :

  • Paraskevi signifie "préparation" et désigne le vendredi, jour qui précédait le sabbat dans la tradition juive
  • Dekatria se traduit par "treize" (déka pour dix et tria pour trois)
  • Phobie évoque bien sûr la peur irraisonnée

Un phénomène social aux multiples facettes

Rue d'Avéjan, Karima, buraliste expérimentée, confirme l'importance commerciale de cette journée. "Le vendredi 13 représente sans conteste notre meilleur chiffre d'affaires en tickets de loto", affirme-t-elle. Mais derrière cette activité commerciale florissante se cache une réalité plus sombre que la commerçante décrit avec une certaine inquiétude.

"Beaucoup de nos clients sont dans une situation difficile", explique-t-elle. "Le peu d'argent dont ils disposent, ils le consacrent aux jeux. Pour certains, c'est le dernier espoir de changer leur existence. Il est parfois douloureux de constater les sommes que des personnes modestes dépensent ainsi."

Les rêves des joueurs : partage et solidarité

Angèle, joueuse régulière qui participe plusieurs fois par semaine, illustre parfaitement ce phénomène. "Les habitués des jeux de hasard ne font généralement pas partie des catégories les plus aisées", remarque-t-elle avec un sourire teinté d'ironie. Le vendredi 13 occupe une place particulière dans son esprit.

"Si jamais la fortune me souriait", imagine-t-elle, "je cesserais immédiatement de travailler. Mais je ne garderais pas tout pour moi. Je partagerais avec les amis qui m'ont soutenue au fil des années. Je penserais également à mes parents âgés : les frais d'Ehpad représentent un budget considérable." Avant de quitter le bureau de tabac, elle ajoute même, pleine de générosité : "Je penserais peut-être même à vous !"

Trois occasions en 2026 : une année exceptionnelle

Si la chance ne se présente pas ce vendredi 13 de février, Angèle et les autres joueurs pourront se rattraper rapidement. L'année 2026 offre en effet trois vendredis 13 :

  1. Février
  2. Mars
  3. Novembre

Cette configuration calendaire exceptionnelle ne s'était pas produite depuis 2015, offrant ainsi aux superstitieux et aux joueurs trois occasions de tenter leur chance au cours de la même année.

À Alès comme dans toute la France, le vendredi 13 continue donc de cristalliser les espoirs, les superstitions et les rêves de fortune instantanée. Entre tradition populaire et réalité économique parfois difficile, les bureaux de tabac deviennent le théâtre de ces micro-drames où se jouent, le temps d'un tirage, les destins et les aspirations de toute une population.