Stockage d'essence à domicile : les règles légales en période de crise
Alors que la guerre au Moyen-Orient suscite des craintes de hausse des prix du carburant, avec des augmentations de 5 à 15 centimes sur l'essence et 15 à 20 centimes sur le gazole en quelques jours, de nombreux automobilistes français ont été observés remplissant des jerricans dans les stations-service pour constituer des réserves à domicile. Cette pratique, bien que tentante, n'est pas anodine et est strictement encadrée par la loi. Voici un guide complet sur ce que vous avez réellement le droit de faire.
Les limites légales du stockage de carburant pour les particuliers
En France, il n'est pas interdit de conserver du carburant à domicile, notamment pour alimenter des équipements comme une tondeuse, une tronçonneuse ou un groupe électrogène, à condition que ce produit soit destiné à un usage personnel et non à la revente. Cet usage est réglementé par l'arrêté du 1er juillet 2004, qui impose des restrictions sur la taille et la qualité des contenants pour réduire les risques. L'essence dégage en effet des vapeurs très volatiles qui peuvent s'enflammer rapidement au contact d'une source de chaleur ou d'une étincelle.
Pour le transport, la contenance des récipients, tels que les bidons et jerricans remplis en station-service, ne peut pas dépasser 60 litres. Ces contenants doivent être homologués pour le carburant, ce qui signifie qu'ils doivent être fabriqués dans des plastiques ou métaux spécifiques, et équipés d'un système de fermeture étanche.
Pour le stockage à domicile, la capacité totale ne doit pas excéder 120 litres par logement, avec des récipients d'un maximum de 50 litres chacun. Il est interdit d'entreposer le carburant dans les combles, sur les balcons, les terrasses ou dans les parties communes des immeubles, afin d'éviter l'accumulation de vapeurs inflammables. Il est également crucial de placer les bidons loin de toute source de chaleur ou de matières inflammables.
Les restrictions temporaires et les sanctions en cas de non-respect
Même si la loi autorise le stockage d'essence à domicile, cette possibilité peut être temporairement suspendue lors de crises d'approvisionnement. Par exemple, lors de la grève dans les raffineries en 2022, les préfets ont pris des arrêtés pour interdire la vente de carburant en jerrican dans les stations-service, visant à prévenir les achats de précaution qui aggraveraient les pénuries.
Ne pas respecter ces règles expose à des sanctions. En cas d'arrêté préfectoral spécifique, l'infraction peut conduire à une contravention de 4e classe, avec une amende pouvant atteindre 750 euros. Hors arrêté, le non-respect des quantités maximales ou des conditions de stockage peut entraîner une contravention de 5e classe, avec des amendes allant jusqu'à 1 500 euros, voire 3 000 euros en cas de récidive. Les autorités peuvent également exiger la mise en conformité ou la suppression du stock.
Dans les situations les plus graves, comme si un stockage illégal provoque un incendie ou met en danger autrui, la responsabilité civile ou pénale peut être engagée.
La conservation du carburant : durée et précautions
L'essence et le diesel ne se conservent pas indéfiniment. Les carburants achetés en station-service se dégradent progressivement avec le temps, surtout lorsqu'ils sont exposés à l'air et à la lumière. Selon TotalEnergies, l'essence commence généralement à perdre ses propriétés après trois à six mois, ce qui peut provoquer des démarrages difficiles ou un fonctionnement irrégulier du moteur. Le diesel, bien que plus stable, est sensible à l'humidité, favorisant la formation de micro-organismes et de sédiments qui peuvent obstruer les filtres à carburant.
Il est donc recommandé de ne stocker du carburant qu'en quantité strictement nécessaire et de l'utiliser rapidement, plutôt que de constituer des réserves importantes sur de longues périodes. Cette approche permet de minimiser les risques tout en répondant aux besoins ponctuels.



