Agents pathogènes, incendies, maladies transmissibles par les rats… Les salariés des centres de tri des déchets ménagers sont exposés à de multiples risques pour leur santé. C’est ce qu’indique un rapport de l’Agence de sécurité sanitaire Anses publié mercredi, qui plaide pour une meilleure prévention.
Une augmentation attendue des déchets à trier
Compte tenu des réglementations qui visent à réduire les déchets et à favoriser leur recyclage ou leur réutilisation, les déchets destinés au tri « devraient significativement augmenter », souligne l’Anses. Ce constat, ainsi que le nombre important de salariés du tri – aux alentours de 10 000 – et les documents ou actions de prévention « peu nombreux à ce jour », ont incité l’Agence à s’intéresser « plus particulièrement » à l’étape de tri sélectif, après une première étude sur l’ensemble du secteur du traitement des déchets, publiée fin 2019.
Des agents biologiques dangereux
« Les professionnels du tri peuvent être exposés à des agents biologiques dangereux, car les contenants alimentaires apportent des résidus de nourriture qui permettent, particulièrement en conditions chaudes et humides, la prolifération de micro-organismes dont certains sont pathogènes », note l’Anses. L’Agence souligne que ce risque « pourrait augmenter avec le dérèglement climatique et la hausse des températures qui favorise le développement des micro-organismes ».
Le rapport souligne d’ores et déjà des niveaux d’expositions élevés des travailleurs aux endotoxines (toxines bactériennes), dont les concentrations mesurées « peuvent dépasser d’un facteur 100 les valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP) recommandées par l’Anses ». L’Agence recommande en conséquence de limiter la durée de stockage des déchets, tant dans les poubelles avant leur collecte que dans les centres de tri.
Leptospirose, explosions et départs de feu
Autre danger, une « surreprésentation » des maladies transmissibles par les rats, attirés par les centres de tri, comme la leptospirose et l’aspergillose, par rapport à la population ouvrière générale. Explosions et départs de feu font également partie des dangers : les incendies constituent ainsi l’essentiel des accidents répertoriés par la base de données Aria. Sur 39 accidents recensés en centres de tri entre 2010 et 2022, 34 sont des incendies, imputables notamment aux batteries au lithium, mal triées en amont.
D’où la nécessité, parallèlement à l’amélioration de l’organisation du travail et du suivi sanitaire de ces « travailleurs vulnérables » en raison de leur statut souvent précaire, d’être « conscient des risques qu’on peut faire courir à des travailleurs en aval, dans la façon dont on fait notre tri », souligne Clémence Fourneau, coordinatrice du rapport.



