Sophie, 40 ans, a travaillé pendant plus de dix ans dans une entreprise de presse dirigée par un PDG dont l'obsession du moindre coût surpassait tout, quitte à négliger le bien-être et même la sécurité de ses employés. Propos recueillis par Virginie Menvielle.
Un accueil révélateur
« J’ai été salariée pendant plus de dix ans d’une entreprise de presse dont le patron était un radin de première catégorie. Le jour de mon arrivée, la responsable des achats m’a donné quelques fournitures et je n’oublierai jamais l’expression de son visage quand, deux semaines plus tard, je lui en ai demandé d’autres. “Tu utilises tes carnets très vite ! Est-ce que tu écris bien des deux côtés ?”, m’a-t-elle alors demandé. À ce stade, je ne savais pas encore si c’était une blague ou si elle était sérieuse. J’ai tenté l’humour et lui ai lancé que j’écrivais d’un seul côté, puisque de l’autre je dessinais. Mais ma plaisanterie ne l’a pas du tout amusée. Le plus sérieusement du monde, elle m’a expliqué que le PDG faisait très attention aux dépenses et qu’il ne fallait pas “gâcher” le matériel. Il comptait les carnets et les stylos comme Picsou comptait son or ! Je me suis alors demandé où j’étais tombée. »
Des économies à tous les niveaux
Mais Sophie n’était pas au bout de ses surprises. Ce souci d’économie extrême n’était pas limité aux fournitures et se déclinait sur tous les postes de dépenses de l’entreprise. Quelques mois plus tard, en plein hiver, on lui a commandé un reportage à la montagne, pour lequel elle a eu le droit d’utiliser un vieux véhicule dont le chauffage ne fonctionnait pas correctement. « J’ai dû conduire avec une couverture sur les jambes et des gants, car mon patron refusait de faire réparer la voiture. Il disait que ce n’était pas nécessaire pour un trajet court », raconte-t-elle.
Une sécurité compromise
L’avarice du PDG allait parfois jusqu’à compromettre la sécurité des employés. Sophie se souvient d’un incident où l’ascenseur de l’immeuble était en panne depuis des semaines. « Les techniciens avaient proposé un devis pour le réparer, mais mon patron a refusé, préférant que nous montions les six étages à pied. Un jour, une collègue enceinte a failli faire une chute dans les escaliers mal éclairés. Il a fallu une menace d’inspection du travail pour qu’il accepte enfin de faire les réparations. »
Un climat de tension
Cette obsession des économies créait un climat de tension permanent. Les salariés osaient à peine demander un nouveau stylo ou un carnet, de peur d’être accusés de gaspillage. « On finissait par apporter nos propres fournitures de la maison, comme si on était à l’école », explique Sophie. « C’était ridicule et démotivant. »
Malgré tout, Sophie est restée plus de dix ans dans cette entreprise, par peur de ne pas retrouver un emploi stable. Aujourd’hui, elle a changé de travail et témoigne pour dénoncer ces pratiques. « Ce genre de comportement n’est pas seulement mesquin, il est toxique. Il mine la confiance et la dignité des employés. »



