Carburants : le gouvernement presse les distributeurs face à la flambée des prix liée au Moyen-Orient
En pleine crise géopolitique au Moyen-Orient, le gouvernement français intensifie ses pressions sur les distributeurs de carburants pour alléger la facture des consommateurs, confrontés à une envolée des prix à la pompe. Les distributeurs français seront réunis ce jeudi autour du ministre de l'Économie, Roland Lescure, dans un contexte de tensions internationales exacerbées.
Des baisses annoncées par les grandes enseignes
Face à cette situation, certains distributeurs anticipent déjà des réductions significatives. Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, a annoncé une baisse d'« environ 30 centimes par litre » d'ici vendredi, prédisant que cette tendance toucherait aussi ses concurrents comme Système U, Intermarché et Carrefour. Toutefois, il avertit que les prix pourraient encore « faire du yoyo » selon les soubresauts géopolitiques.
De son côté, Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, a salué sur X une « bonne nouvelle », affirmant que les prix « vont baisser nettement à la pompe dans les prochains jours » en raison des variations des cours des produits raffinés. Il défend une marge de distribution qu'il estime « n'avoir jamais été aussi faible ».
Le gouvernement étudie des mesures de protection
Ces gestes sont salués par l'exécutif, alors que le sujet reste sensible à quelques jours du premier tour des élections municipales. Pour « protéger » les consommateurs de la volatilité des prix, le gouvernement examine plusieurs options, notamment un plafonnement des marges ou des mécanismes permettant de « lisser les hausses et les baisses ». Le Premier ministre a évoqué ces pistes en Conseil des ministres, selon son entourage.
Le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Sébastien Lecornu, a toutefois exprimé son opposition aux mesures qu'il juge « aussi démagogues qu'inutiles », comme la baisse de la TVA réclamée par le Rassemblement National, rappelant son échec « édifiant » en Pologne en 2022. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, également ministre déléguée à l'Énergie, a écarté le blocage des prix proposé par la France insoumise, en raison du « risque de pénurie » qu'il comporte.
Contrôles renforcés et réactions politiques
Afin d'éviter des hausses « abusives », Sébastien Lecornu a lancé un plan exceptionnel de 500 contrôles des stations-service de lundi à mercredi, qui doivent « se poursuivre ». Environ 5% des 513 stations contrôlées seront sanctionnées pour des anomalies sur l'affichage des prix, selon le ministre du Commerce, Serge Papin.
Roland Lescure a appelé les distributeurs à « corriger » ces anomalies et à ce que « les brebis galeuses rentrent dans le rang », suggérant des campagnes à prix coûtant ou de plafonnement. Il a également invité les consommateurs à « jouer la concurrence », notant que certains distributeurs appliquent des hausses bien au-delà des calculs gouvernementaux d'environ 15 centimes pour l'essence et 30 centimes pour le gazole.
Politiquement, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a proposé un chèque énergie pour les plus vulnérables, tandis que la patronne des Écologistes, Marine Tondelier, prône des aides ciblées. Cette dernière a aussi critiqué la position française sur le conflit au Moyen-Orient, regrettant que l'exécutif n'ait pas « été capable de combattre fermement des attaques en dehors de tout cadre international ».
Contexte international et impacts économiques
La flambée des prix est directement liée au conflit au Moyen-Orient, qui paralyse le détroit d'Ormuz, voie cruciale pour le transport des hydrocarbures. Les cours du pétrole ont repris leur hausse mercredi, poussant les membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) à annoncer la libération de 400 millions de barils de leurs stocks stratégiques pour enrayer la tendance.
Le gouvernement reconnaît que cette guerre aura « un impact sur la croissance ». Plusieurs professions particulièrement touchées, comme les agriculteurs, les pêcheurs, les transporteurs et le secteur du tourisme, seront reçues à Bercy dans les prochains jours pour discuter des mesures d'accompagnement.
En parallèle, le Premier ministre a réuni les partis politiques pour les informer de « l'état de la menace et du positionnement de la France » face à ce conflit, sur les plans énergétique, militaire et diplomatique. Cette réunion confidentielle a rassemblé près d'une cinquantaine de personnes, dont le chef d'état-major Fabien Mandon et plusieurs responsables du renseignement.



