Face à l'envolée des tarifs à la pompe liée au conflit avec l'Iran, les automobilistes californiens expriment des avis contrastés sur la gestion économique du président américain. Dans la station-service où il ravitaille son pick-up, Ryder Thomas arbore le rictus de ceux qui écrasent froidement leur colère. Ce vendredi à Los Angeles, le plein va lui coûter 130 dollars, contre 100 avant la guerre contre l'Iran déclenchée par Donald Trump. « Je suis furieux à cause du prix, mais ce qui me rend encore plus dingue, c'est pourquoi il est aussi élevé », confie ce Californien de 28 ans.
Cette semaine, l'essence à la pompe a grimpé aux États-Unis à son plus haut niveau depuis le printemps 2022, lorsque l'invasion de l'Ukraine par la Russie avait provoqué une flambée mondiale des prix. Une hérésie pour Ryder Thomas, atterré par le conflit au Moyen-Orient et sa gestion par le président américain. « Cette guerre n'a absolument aucun sens. C'est exactement comme quand on a envahi l'Irak : il n'y avait pas d'armes de destruction massive », reprend ce salarié d'une association locale. « Trump est un idiot, c'est tout », enrage-t-il.
Depuis des semaines, le milliardaire républicain assure qu'il fallait attaquer l'Iran pour l'empêcher de se doter de l'arme nucléaire et promet un conflit court. Mais malgré la puissance de frappe de l'aviation américaine, la République islamique est toujours en mesure de bloquer le détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement environ 20 % du pétrole mondial.
Impact économique sur le quotidien
En Californie, la plupart des stations réclament plus de 6 dollars pour un gallon, soit 3,8 litres. Au niveau national, la moyenne s'affichait vendredi à 4,39 dollars. Ryder Thomas s'inquiète de « l'effet domino » de cette flambée du pétrole sur tout ce qu'il achète. La facture de transport des fruits et légumes explose, et beaucoup de vêtements, faits à base de plastiques, nylon et polyesters, coûtent bien plus cher à produire. « J'espère que les électeurs modérés qui ont fait élire Trump vont commencer à réfléchir et se rendre compte de ce qu'il leur a fait », soupire cet électeur démocrate, en rappelant que le président a reconquis la Maison Blanche essentiellement sur sa promesse de combattre l'inflation.
À quelques mois des élections de mi-mandat, il espère que le tribun perdra sa majorité républicaine au Congrès en novembre. Un sentiment que David Chavez ne partage pas, parmi les dizaines de voitures qui font la queue pour se ravitailler chez Costco, une enseigne de gros réputée pour ses prix plus bas. « Ce n'est pas agréable, on ne veut pas payer plus cher l'essence », admet ce cameraman, en faisant chauffer sa carte bleue pour remplir son monospace. Mais « on ne sait pas tout ce qui se passe en coulisses », estime ce Latino-Américain, qui a soutenu Donald Trump en 2024 pour lutter contre l'immigration. « C'est trop facile de rejeter la faute sur une seule personne pour tous les problèmes ».
« Maintenant, c'est encore plus dur »
David Chavez soupçonne les géants du pétrole de profiter du contexte pour gonfler artificiellement les prix. Il rappelle aussi que la Californie a l'essence la plus chère des États-Unis, car elle utilise un mélange de carburant moins polluant et a perdu des dizaines de raffineries à cause des restrictions environnementales voulues par les démocrates, ce qui l'oblige à importer son carburant. À 36 ans, il s'avoue déçu par Donald Trump, mais « au final, il n'y a pas de président parfait et il gère quand même un peu mieux les choses », estime-t-il.
Plus loin dans la file, Flo, 73 ans, « ne sait plus que croire ». Tout ce que cette retraitée constate, c'est que la flambée de l'essence la force à fréquenter une banque alimentaire. Entre sa pension et un petit boulot à temps partiel, cette Afro-Américaine gagne 3 000 dollars par mois, dont 1 400 sont engloutis directement par son loyer. Pour essayer de joindre les deux bouts, elle utilise moins son SUV. « La vie était déjà difficile », souffle-t-elle, « mais maintenant, c'est encore plus dur. »



