Comme un clou chasse l'autre, une crise chasse l'autre. Mardi, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le feu roulant des interpellations sur la gestion du hantavirus (quatre questions) avait remplacé celui, devenu rituel depuis plus d'un mois, concernant les aides envisagées par le gouvernement pour faire face à la hausse des prix des carburants (une seule question).
Les recettes fiscales en chute libre
Ce retournement, toutefois, n'est peut-être pas étranger aux chiffres communiqués par les services du Premier ministre, quelques heures plus tôt, sur les recettes fiscales liées à la consommation d'essence et de gazole. Comme il s'y est engagé face aux suspicions d'enrichissement de l'État formulées à grand bruit par le RN et LFI notamment, Sébastien Lecornu publie tous les dix jours des données actualisées sur ce qui est entré dans les caisses de l'État à la suite des variations des prix à la pompe.
Les Français roulent moins
Or, pour la première fois depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les recettes sont en chute libre. « Sur les mois de mars, avril et mai, les recettes fiscales liées au carburant sont inférieures de 105 millions d'euros au niveau constaté l'an dernier. Non seulement nous n'avons pas de surplus de recettes fiscales, mais nous constatons même une baisse par rapport à l'année dernière. Pourquoi ? Parce que l'effet TVA, légèrement positif, lié à l'effet prix, est largement compensé par l'effet volume. Les Français s'adaptent à cette hausse des prix en consommant et en roulant moins », a expliqué le ministre de l'Économie Roland Lescure en réponse à la question d'une députée LR hier, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.
De quoi couper court aux accusations et revendications démagogiques formulées par les extrêmes. La pétition lancée par le Rassemblement national « Stop aux chèques, baissons les taxes ! » affirme doctement qu'« à chaque plein, l'État engrange toujours plus de recettes pendant que les Français voient leur pouvoir d'achat s'effondrer ». Quant à LFI, qui exige la nationalisation de Total (capitalisation boursière 180 milliards d'euros), on se demande où ses prétendus experts trouveront l'argent pour financer celle-ci. Pas dans la « cagnotte » en tout cas !
Le blocage du détroit d'Ormuz n'enrichit pas l'État
C'est bien malheureux, mais le blocage du détroit d'Ormuz n'enrichit pas l'État, pour la bonne et simple raison que la consommation de carburant a chuté de 30 % sur les dix premiers jours du mois de mai, comparés à la même période de 2025. Reste l'impact, bien réel, pour les Français contraints d'utiliser leur voiture au quotidien. Sébastien Lecornu devait annoncer de nouvelles aides ciblées en ce début de semaine. Leur mise en place est ajournée. Elle ne peut pas l'être éternellement, pas même quand un méchant virus venu d'Amérique du Sud occupe le devant de l'actualité.



