Un cabinet d'avocats déclare la guerre aux tarifs des péages autoroutiers
Le cabinet d'avocats dirigé par Christophe Lèguevaques a lancé une offensive judiciaire d'envergure contre les tarifs pratiqués sur les autoroutes françaises. L'objectif affiché est double : permettre aux particuliers et aux entreprises de récupérer une partie des sommes déjà versées et obtenir une baisse significative des tarifs pour l'avenir. Cette initiative s'appuie sur la dénonciation d'une surfacturation systémique qui profiterait aux actionnaires au détriment des usagers.
Une action collective pour donner du poids au recours
Pour concrétiser cette démarche, Me Lèguevaques a mis en place une action collective destinée spécifiquement aux usagers abonnés des autoroutes, qu'ils soient particuliers ou professionnels. Ces derniers sont invités à s'inscrire sur la plateforme dédiée Myleo.legal à partir de ce jeudi et jusqu'au 30 juin prochain. Cette mobilisation vise à « donner du poids au recours » selon les termes de l'avocat, qui entend ensuite saisir le Conseil d'État pour faire constater l'illégalité des hausses tarifaires successives.
Des chiffres qui interpellent sur la rentabilité des autoroutes
L'argumentation du cabinet repose sur une analyse détaillée de la composition des tarifs. « Quand vous faites une analyse précise de 100 euros de péage, vous vous rendez compte qu'en réalité vous payez 33% de dividendes aux actionnaires », expose Me Lèguevaques. Cette proportion jugée excessive alimente le débat récurrent sur la rentabilité des sociétés concessionnaires d'autoroutes, débat régulièrement ravivé par des rapports officiels.
Ces dernières années, deux documents ont particulièrement mis en lumière cette problématique : le rapport du sénateur UDI Vincent Delahaye en 2020 et celui de l'Inspection générale des finances (IGF) en 2021. Ces travaux ont pointé du doigt les pratiques des géants du secteur, notamment Vinci dans le sud de la France et Eiffage dans le centre-est, accusées de « surrentabilité ».
Une procédure judiciaire aux enjeux financiers considérables
La stratégie juridique déployée par le cabinet Lèguevaques s'articule en plusieurs phases. Après le dépôt du recours devant le Conseil d'État, dont l'instruction pourrait durer entre six mois et deux ans, l'avocat se tournera vers les instances administratives compétentes pour réclamer des indemnisations. Selon son interprétation des rapports de l'IGF, ces compensations pourraient atteindre jusqu'à 58% des sommes payées par certains usagers au cours des dernières années.
Cette phase d'indemnisation, plus longue, est estimée entre deux et cinq ans. Elle représenterait un enjeu financier colossal pour les sociétés concessionnaires si la procédure aboutissait en faveur des usagers.
Des arguments juridiques solides contre l'indexation automatique
Le fondement juridique de cette action repose sur plusieurs piliers. Me Lèguevaques rappelle que « historiquement, l'indexation automatique des prix sur l'inflation est interdite en droit français ». Une exception aurait été introduite pour les péages autoroutiers, mais sans encadrement précis, créant selon lui une situation propice aux abus.
L'avocat pointe également une disproportion flagrante entre le montant des péages et le coût réel du service rendu. Il estime que « les obligations d'inventaire des investissements, censées justifier les hausses » sont insuffisamment respectées par les concessionnaires, remettant en cause la légitimité des augmentations tarifaires.
Un contexte de hausses modérées mais toujours contestées
Cette offensive judiciaire intervient dans un contexte où les péages autoroutiers devaient augmenter de 0,86% en moyenne à partir du 1er février 2026, selon les annonces du ministère des Transports fin 2025. Cette hausse, inférieure à l'inflation anticipée pour l'année suivante, n'a pas calmé les critiques sur le modèle économique des autoroutes.
Face aux accusations, le président de Vinci Autoroutes Pierre Coppey avait rétorqué en 2023 au Sénat que « le débat sur la rentabilité des sociétés concessionnaires d'autoroutes repose de moins en moins sur des considérations objectives », déplorant des « débordements passionnels ». Cette opposition entre la vision des concessionnaires et celle des usagers semble plus vive que jamais avec le lancement de cette action collective d'ampleur.



