Le paradoxe de Ryanair en France : contrat moteur et critiques fiscales
Le PDG de Ryanair, Michael O'Leary, a une relation ambivalente avec la France. Ce mardi, lors d'une conférence de presse à Paris, le dirigeant irlandais a annoncé un accord majeur avec CFM International, une co-entreprise de Safran, pour la maintenance de plus de 2.000 moteurs d'avions. Paradoxalement, vêtu d'un maillot du XV de France, il a profité de l'occasion pour critiquer vertement la politique fiscale française sur le transport aérien.
Un contrat stratégique et des compliments conditionnels
L'accord avec CFM représente un investissement significatif dans l'industrie aéronautique française. Michael O'Leary n'a pas caché son enthousiasme pour les technologies développées par Safran, déclarant à BFM Business : « Oui, nous aimons vos moteurs, nous aimons la France ». Il a particulièrement salué le futur moteur CFM Rise (Revolutionary innovation for sustainable engines), dont la mise en service est prévue pour 2035.
Ce nouveau moteur promet une révolution environnementale avec une réduction de 40% des émissions de CO2. « Ces nouveaux moteurs sont incroyables. Les avions qui en sont équipés peuvent transporter 20% de passagers en plus, tout en consommant 20% de carburant en moins », a expliqué le dirigeant, soulignant le potentiel de croissance durable pour le transport aérien.
Une offensive frontale contre les taxes françaises
Les compliments se sont rapidement transformés en critiques acerbes. Michael O'Leary a lancé un nouvel appel à la suppression des taxes sur le transport aérien, qu'il juge contre-productives pour l'économie française. « Le gouvernement continue d'augmenter les taxes sur les aéroports, là où nous voulons croître. Je pense que la politique du gouvernement français est fondamentalement erronée », a-t-il affirmé.
Le PDG de Ryanair a comparé la situation française à celle d'autres pays européens : « La Suède, la Slovaquie, l'Italie suppriment les taxes sur le transport aérien, tandis que la France les augmente ». Il a menacé de redéployer des capacités vers ces pays plus favorables fiscalement, mettant en garde contre les conséquences pour le tourisme français et le trafic aérien régional.
Des retraits concrets et des menaces à venir
Les critiques ne sont pas que verbales. Ryanair a déjà concrétisé ses menaces en se retirant de plusieurs aéroports français : Bergerac, Brive, Strasbourg et Vatry en 2025, et récemment de Clermont-Ferrand Auvergne à partir du 27 mars prochain. Ces aéroports perdront ainsi des liaisons régulières vers Porto, Londres et Fès.
Cette stratégie de retrait n'est pas limitée à la France. La compagnie aérienne a également réduit ses opérations en Belgique pour des raisons similaires, démontrant une approche coordonnée face aux politiques fiscales qu'elle juge défavorables.
Un dilemme entre innovation industrielle et politique fiscale
La position de Ryanair illustre un paradoxe contemporain : la compagnie investit massivement dans l'innovation technologique française tout en menaçant de réduire sa présence opérationnelle sur le territoire. Michael O'Leary résume ce dilemme : « Nous appelons le gouvernement français à supprimer ces taxes. Elles nuisent au tourisme français, au trafic aérien, en particulier dans les régions qui ne connaissent pas une forte croissance ».
Le dirigeant propose une alternative : « La France doit suivre et adopter ce même modèle qui fonctionne ailleurs : supprimer les taxes, puis nous laisser faire et nous nous développer ». Un ultimatum qui place les autorités françaises devant un choix difficile entre recettes fiscales et attractivité touristique.



