Le Canada, un marché porteur pour les vins de Bordeaux en 2025
Dans un contexte mondial difficile pour les exportations de vins de Bordeaux, le marché canadien se distingue par une dynamique particulièrement positive en 2025. Alors que les chiffres globaux accusent des baisses significatives en valeur et en volume, le Canada affiche une croissance remarquable, se maintenant toujours dans le top 10 des destinations pour les vins bordelais.
Une croissance exceptionnelle dans un marché en crise
Les exportations de vins de Bordeaux connaissent une année 2025 compliquée, avec des baisses de 4,8% en valeur et de 9% en volume, principalement dues aux difficultés sur les marchés américain et chinois. Cependant, le marché canadien constitue une belle surprise avec une augmentation de 17% en valeur et de 12% en volume, générant près de 80 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Philippe Castéja, représentant le Bordelais au sein de la Fédération des exportateurs de vins et de spiritueux, a salué cette performance exceptionnelle lors d'une déclaration du 10 février, soulignant que le secteur a su profiter des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis.
Les tensions commerciales américano-canadiennes, une opportunité inattendue
La politique tarifaire agressive mise en place par les États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la présidence a créé des opportunités inédites pour la filière viticole française. En représailles à ces mesures douanières, le Canada a décidé en mars 2025 d'arrêter purement et simplement toute importation d'alcools américains.
Cette décision a entraîné un transfert d'intérêt significatif vers les vins d'autres pays, notamment ceux de France et d'Italie. Manfred Audard, à la tête de l'agence BMT, importatrice de vins dans six provinces canadiennes, explique : « Au Québec, par exemple, où les vins des États-Unis représentaient 7% des parts de marché, nous avons observé un transfert vers les catégories les plus distribuées, celles venant de France ou d'Italie, et vers certains profils organoleptiques comme les cabernets sauvignons ou les chardonnays. »
Le Québec, terre d'accueil historique des vins bordelais
Dans la province francophone du Québec, où seule la Société des alcools du Québec est habilitée à commercialiser des boissons alcoolisées, les vins de Bordeaux conservent une place privilégiée. Manfred Audard, dont la société est le plus important distributeur de crus girondins dans la province, décrit cette catégorie comme « historique » et toujours très appréciée.
« On a toujours eu peur de voir la clientèle s'en désintéresser avec le temps, confie l'importateur. Une certaine frange de la population, notamment des trentenaires, y revient car le bordeaux conserve ce côté éminent d'un point de vue social. Les consommateurs québécois l'adorent, que ce soient des entrées de gamme ou des appellations plus valorisées. Quand par exemple, on reçoit un vieux millésime de Saint-Émilion, on sait que cela va se vendre hyper rapidement. »
La crise viticole bordelaise et ses répercussions sur le marché canadien
La situation difficile du vignoble bordelais se fait également sentir sur le marché canadien, avec des offres commerciales particulièrement agressives en provenance des négociants français. Manfred Audard révèle avoir reçu des propositions de déstockage à des prix très bas, notamment pour des vins en vrac, qu'il a refusées par souci de préservation de la filière.
« Les stocks à Bordeaux étant élevés, on a reçu des propositions de déstockage, notamment en vrac, qui étaient très basses, explique-t-il. Je ne les ai même pas considérées car ce n'est pas bon pour la filière mais j'ai vu des médocs à des prix jamais vus auparavant. Il ne faut pas habituer nos clients à acheter aussi bas, car ce sont des irrégularités du marché. Cela n'a pas de sens. »
Malgré ces défis, le marché canadien représente une lueur d'espoir pour les vignerons bordelais, démontrant la résilience de leur produit et l'importance de la diversification géographique des exportations dans un contexte international volatil.



