Moody's doit décider de la note de la France ce vendredi dans un contexte économique incertain
Moody's décide ce vendredi de la note de la France

Moody's face à un choix crucial pour la note de la France

Ce vendredi, l'agence de notation Moody's rendra une décision cruciale concernant la note souveraine de la France. Elle devra choisir entre un abaissement, jugé « logique » par certains économistes, et un maintien du statu quo, compte tenu de récentes améliorations et d'un contexte géopolitique particulièrement trouble.

Une situation financière sous haute tension

Actuellement, Moody's classe la France dans la catégorie Aa3, synonyme de dette de bonne qualité. Cette position contraste avec celles de ses concurrentes Fitch et S&P, qui ont rétrogradé la note française à A+ à l'automne dernier, la qualifiant ainsi de dette « de qualité moyenne supérieure ».

En octobre dernier, Moody's avait déjà assombri les perspectives en les abaissant à « négative », ouvrant la voie à une possible dégradation. L'agence justifiait alors cette décision par les risques économiques liés à « la fragmentation du paysage politique français ». Cette fragmentation entraverait, selon elle, la mise en œuvre de mesures vigoureuses pour réduire la dette publique – la plus importante en volume de la zone euro et la troisième derrière celles de la Grèce et de l'Italie – ainsi que le déficit public, le plus élevé de la zone euro.

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Des améliorations fragiles face à des risques persistants

Malgré l'adoption difficile du budget de la Sécurité sociale et de la loi de finances grâce à l'article 49.3 de la Constitution, Moody's a réitéré ses inquiétudes en janvier. L'agence a souligné que « les risques demeuraient » pour les finances publiques françaises, notamment à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Elle craint que les partis politiques ne soient « peu enclins à accepter des compromis » en vue d'un budget rigoureux l'an prochain.

Pour Eric Dor, directeur des études économiques de l'Ieseg, un abaissement de la note ce vendredi serait donc logique. Rien n'aurait démontré, depuis janvier, une capacité d'assainissement durable des finances publiques. Il note toutefois que la France a fortement réduit son déficit public à 5,1 % du PIB en 2025, après 5,8 % en 2024, un chiffre inférieur aux 5,4 % attendus.

Un contexte économique morose et des prévisions revues à la baisse

La situation est compliquée par un environnement économique défavorable. Les économistes ont abaissé leurs prévisions de croissance fin mars :

  • La Banque de France table désormais sur une croissance du PIB de 0,9 % cette année (contre 1 % précédemment) et de 0,8 % l'an prochain (contre 1 % aussi).
  • Dans son scénario le plus défavorable, marqué par une envolée de l'inflation, elle envisage même une croissance de seulement 0,3 % cette année et 0,4 % en 2027.
  • L'Insee, dont l'horizon de prévision est de six mois, anticipe désormais une croissance de 0,2 % à chacun des deux premiers trimestres, contre 0,3 % précédemment.

Eric Dor soulève également la question de la « hiérarchie des notes ». Il juge « absurde » que l'Espagne et le Portugal soient classés A3 chez Moody's, soit trois crans en dessous de la France, alors que leurs finances publiques sont en bien meilleur état. Selon lui, seule « une part de subjectif » pourrait inciter l'agence au statu quo.

Des avis divergents parmi les experts

À l'inverse, Anthony Morlet-Lavidalie, de l'institut Rexecode, s'attend à ce que Moody's maintienne la note française. Il serait « vraiment très surpris » d'un changement. « Les agences de notation aiment faire leur travail dans un environnement où elles voient un peu clair, ce qui n'est absolument pas le cas en ce moment », explique-t-il, en référence à la guerre au Moyen-Orient.

Il pense plutôt que Moody's mettra en avant l'amélioration du déficit public l'an dernier et attendra le comité d'alerte des finances publiques du 21 avril, où le gouvernement fera le point sur les données budgétaires et annoncera d'éventuelles mesures correctives.

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Son inquiétude se porte davantage sur les données économiques moroses de janvier et février, publiées récemment par l'Insee (production industrielle, consommation de biens, immatriculations de véhicules...). Ces indicateurs, antérieurs au déclenchement de la guerre, pointent vers une croissance du premier trimestre non seulement ralentie, mais « étonnamment décevante », « à quasiment 0 ou à peine 0,1 % ». Une telle faiblesse compliquerait encore davantage l'équation des finances publiques françaises.

La décision de Moody's, attendue avec impatience, reflétera donc son analyse d'une situation complexe, tiraillée entre des signaux d'amélioration technique et un contexte macroéconomique et politique profondément incertain.