Les marchés européens face au conflit au Moyen-Orient : une réaction mesurée mais inquiétante
La réaction des marchés financiers européens à l'escalade du conflit au Moyen-Orient est indéniablement négative, mais elle apparaît pour l'instant relativement contenue. Depuis la fin du mois de février, précédant le déclenchement des hostilités, l'indice Eurostoxx de la zone euro a enregistré un recul de 8%, tandis que le FTSE britannique a cédé 7%. Parallèlement, les taux d'intérêt sur la dette publique à 10 ans ont connu des hausses significatives : +30 points de base pour l'Allemagne (passant de 2,7% à 3%) et +44 points de base pour le Royaume-Uni (de 4,40% à 4,84%).
Des anticipations de taux en forte hausse
Les perspectives pour les taux d'intérêt à trois mois d'ici fin 2026 se sont également assombries, avec une progression de 75 points de base dans la zone euro (de 2% à 2,75%) et de 125 points de base au Royaume-Uni (de 3,25% à 4,5%). Ces évolutions, bien que défavorables, suscitent une inquiétude croissante : elles pourraient sous-estimer la gravité réelle du choc économique en cours. L'imprévisibilité des décisions de l'ancien président américain Donald Trump concernant ce conflit ajoute une couche supplémentaire d'incertitude.
Le cœur du problème : la flambée des prix de l'énergie
Le choc économique est principalement alimenté par une hausse spectaculaire des prix de l'énergie. Le baril de pétrole Brent est passé de 70 dollars en février 2026 à 100 dollars aujourd'hui. Compte tenu d'une légère dépréciation de l'euro face au dollar (-2% depuis fin février), le prix du pétrole en euros a bondi de 45%. Le prix du gaz naturel en Europe a, quant à lui, presque doublé, passant de 30 à 53 euros le MWh.
Dans son ensemble, le prix de l'énergie importée par l'Union européenne a augmenté de 57%. Ces importations représentent 2,1% du PIB de l'UE, une proportion similaire en France malgré le poids du nucléaire, et légèrement inférieure au Royaume-Uni (1,6% du PIB) en raison de sa production nationale.
Vers une inflation à 4% en avril ?
En comparant avec le choc de 2022 suite à l'invasion de l'Ukraine (hausse de 102% du prix des énergies fossiles), les calculs actuels sont alarmants. Si les prix actuels de l'énergie se maintiennent, ils entraîneraient une hausse de 23% par rapport à février dans la zone euro. Cette dynamique pourrait propulser l'inflation globale de 1,9% en février à près de 4% en avril. Ce scénario ne se concrétiserait évidemment pas en cas de cessation rapide du conflit.
La croissance économique menacée
L'impact sur la croissance du PIB est également préoccupant. L'effet mécanique initial de la hausse des prix des importations d'énergie représenterait une perte de 1,2 point de PIB pour la zone euro. Des amortisseurs, comme le recul de l'épargne des ménages et des entreprises, pourraient soutenir la demande intérieure. Cependant, si le choc des prix persiste une année entière, la perte de croissance pourrait avoisiner 1 point, plongeant potentiellement la zone euro dans une croissance nulle.
En 2022, la croissance annualisée de la zone euro était passée de 3,6% au premier trimestre à -0,4% au quatrième, soit une perte de 4 points. La situation actuelle rappelle cette période de turbulence.
Des risques persistants et une incertitude totale
L'avenir dépend entièrement de la durée du conflit. La résistance apparente de l'Iran et les destructions d'infrastructures gazières et pétrolières pèsent sur les approvisionnements. À l'inverse, les intentions de Donald Trump de mettre fin aux hostilités pourraient changer la donne. Néanmoins, un retour rapide à la normale semble optimiste, la production mondiale de pétrole étant actuellement réduite de 12% et les exportations de gaz naturel de 20%.
Pour la zone euro et l'Asie, on peut anticiper un pic d'inflation élevé en mars-avril, un recul progressif de la croissance et une chute des bénéfices par action. Les prévisions de hausse de 8% des bénéfices des sociétés de l'Eurostoxx pourraient être révisées à la baisse de 5 points pour chaque point de croissance perdu.
Le spectre d'une spirale négative
Le risque majeur est une combinaison néfaste : un recul de la croissance et des résultats des entreprises, couplé à une inflation suffisamment forte et durable pour se transmettre aux salaires et aux coûts de production. Cette situation pourrait contraindre la Banque centrale européenne (BCE) à relever ses taux d'intérêt, aggravant ainsi le ralentissement économique.
Au final, les craintes portent sur des corrections boursières bien plus sévères que les 7-8% actuels dans la zone euro et au Royaume-Uni, ainsi que sur des hausses de taux à long terme dépassant largement les 30-45 points de base. Les acteurs des marchés financiers prendront probablement conscience progressivement de la gravité de la situation, à moins qu'un retrait rapide des États-Unis ne vienne modifier radicalement la donne.



