Les frais de tenue de compte bancaire en forte hausse : +6% en 2026
Alors qu'ils étaient pratiquement absents des relevés bancaires il y a une quinzaine d'années, les frais de tenue de compte sont désormais quasi systématiques dans la majorité des établissements financiers. Pire encore, ces frais connaissent une augmentation régulière chaque année, avec une progression moyenne de 6% en 2026 selon les derniers chiffres publiés par l'association de consommateurs CLCV (Consommation, logement et cadre de vie). Cette petite ligne qui s'est progressivement installée sur les relevés bancaires représente aujourd'hui une charge non négligeable pour les ménages français.
Qu'est-ce que les frais de tenue de compte ?
Les frais de tenue de compte, également appelés forfait de gestion ou frais de gestion de compte, correspondent à la somme que votre banque vous facture annuellement pour le simple maintien d'un compte courant à votre nom. Ces frais couvrent théoriquement un ensemble de services de base incluant la gestion des opérations courantes (crédits et débits), l'archivage des mouvements bancaires, l'accès aux relevés, et parfois la mise à disposition d'un conseiller ou d'un service client.
Contrairement à d'autres frais bancaires comme les commissions d'intervention ou les agios, ces frais ne sont pas liés à un incident particulier (défaut de paiement, découvert autorisé ou non autorisé, etc.). Ils sont facturés simplement parce que le compte existe, indépendamment de son utilisation réelle.
Une évolution spectaculaire en moins de dix ans
Si aujourd'hui la plupart des banques facturent ces frais, la situation était radicalement différente il y a une quinzaine d'années. À cette époque, ils étaient plutôt rares et souvent symboliques (quelques euros seulement) dans les établissements traditionnels. Certaines banques en ligne, elles, ne les facturaient pas du tout, faisant de cette absence un argument commercial majeur.
Mais à partir des années 2010, leur généralisation s'est accélérée de manière significative. Et leur tarif n'a cessé d'augmenter : selon les données de la Banque de France, le coût moyen annuel des frais de tenue de compte est passé de 18,98 euros par an en 2017 à 23,40 euros en 2026, soit une augmentation de près de 25% en moins de dix ans.
Parmi les établissements qui enregistrent les augmentations les plus significatives, on retrouve notamment :
- La Banque postale : les frais sont passés de 13,20 euros en 2020 à 25,20 euros en 2026, soit une augmentation spectaculaire de 90%
- Crédit Mutuel de Bretagne : 35,88 euros annuels
- BNP Paribas : 31,20 euros annuels
Des frais justifiés ou contestables ?
Pendant de nombreuses années, la gestion d'un compte courant était considérée comme un service de base inclus dans le fonctionnement de la banque, financé principalement par les intérêts des crédits et autres services financiers. Mais avec la digitalisation massive du secteur bancaire, la complexification croissante des opérations et les obligations réglementaires de plus en plus contraignantes, les établissements ont progressivement instauré ces frais pour couvrir leurs coûts de gestion.
Cette tendance s'est accentuée lorsque les taux des crédits ont évolué à la baisse, atteignant des niveaux historiquement bas autour de 1% en 2021. Paradoxalement, bien que ces taux se soient nettement redressés depuis, cette remontée ne s'est pas accompagnée d'une baisse correspondante des frais bancaires.
Aujourd'hui juridiquement légitimes, ces frais restent vivement contestés par de nombreux clients et associations de consommateurs, qui jugent difficilement justifié de payer pour un service dont la valeur perçue est souvent faible, voire totalement automatique dans l'ère du numérique.
Un cadre légal insuffisant
Les frais de tenue de compte ne sont actuellement pas plafonnés et restent libres, ce qui laisse aux banques une grande latitude pour les fixer et les réviser à leur guise. Plusieurs associations de consommateurs déplorent d'ailleurs qu'ils soient prélevés même lorsque le compte est peu utilisé, ou que leur montant puisse varier considérablement d'une banque à l'autre sans lien évident avec la qualité du service rendu.
La question se pose donc : ces frais seront-ils un jour encadrés par la loi ? Par le passé, la pression des consommateurs a déjà conduit à des adaptations législatives significatives. Le dernier exemple en date concerne l'encadrement des frais dits d'incident de paiement (agios, rejet de prélèvement, etc.), qui sont aujourd'hui plafonnés depuis l'adoption d'une mesure en 2020. Les pouvoirs publics avaient alors jugé qu'il n'était pas supportable que les banques puissent faire peser une charge disproportionnée sur des ménages déjà en difficulté financière.
Les conseils pour les consommateurs
Face à ces hausses régulières qui pèsent sur le budget des ménages, plusieurs actions peuvent être entreprises :
- Comparer les offres de plusieurs banques, y compris les banques en ligne et néobanques qui proposent souvent des tarifs plus avantageux
- Utiliser le site tarifs-bancaires.gouv.fr mis à disposition par le ministère de l'Économie et des finances, qui permet de consulter et comparer les tarifs pratiqués par toutes les banques en France
- Vérifier si vous bénéficiez d'une offre spécifique (liée à l'âge, à la domiciliation de revenus ou à un package de services)
- Examiner attentivement chaque année votre relevé annuel de frais bancaires pour connaître exactement ce que vous payez et détecter toute anomalie éventuelle
La vigilance reste donc de mise face à ces frais qui, bien qu'apparemment anodins, représentent une charge financière croissante pour les consommateurs français.



