Banquiers centraux : un métier pénible ? Les départs anticipés de Lagarde et Villeroy de Galhau interrogent
Banquiers centraux : un métier pénible ? Départs anticipés

Les banquiers centraux face à la pénibilité de leur fonction

Les syndicats devraient urgemment réclamer l'ajout du métier de banquier central à la liste des professions pénibles. Cette réflexion fait suite à l'annonce surprise du départ anticipé de François Villeroy de Galhau de son poste de gouverneur de la Banque de France, ainsi qu'aux rumeurs persistantes concernant un possible départ avant terme de Christine Lagarde de la présidence de la Banque centrale européenne. Son mandat à la tête de la BCE est normalement prévu pour s'achever en octobre 2027, mais les spéculations vont bon train.

Une fonction historiquement masculine et critiquée

La nomination de Christine Lagarde à la tête de l'une des institutions économiques et financières les plus puissantes au monde avait initialement suscité de vives critiques et de nombreuses railleries, souvent teintées d'une misogynie à peine voilée. La parité des genres est loin d'être une réalité à Francfort, siège de la BCE, où la politique monétaire demeure encore aujourd'hui une affaire principalement masculine. Les femmes sont aussi peu représentées au sein du conseil des gouverneurs de la BCE, avec seulement deux membres sur vingt-sept, que sur un chantier de bâtiment et travaux publics.

Les économistes avaient également accueilli avec une certaine morgue, dans un réflexe corporatiste évident, la désignation d'une femme issue du monde politique, ancienne ministre sous Nicolas Sarkozy, et de surcroît juriste de formation, sans expertise particulière sur des concepts techniques comme la vitesse de circulation de la monnaie. Cette nomination lui a valu un procès en incompétence à peine déguisé.

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Le poids du sacrifice et la résilience

Pour illustrer la dimension sacrificielle de sa fonction, l'ancien gouverneur de la Banque d'Italie, Guido Carli, avait accroché dans son bureau un tableau représentant saint Sébastien transpercé de flèches. Christine Lagarde a, elle aussi, été criblée de critiques au début de son mandat, avant que les attaques ne se fassent progressivement plus rares. Cette accalmie relative s'explique principalement par sa capacité démontrée à assimiler rapidement des matières complexes dans lesquelles elle ne possédait initialement que des connaissances limitées.

Elle a également prouvé ses talents de cheffe et de médiatrice en préservant la cohésion d'un conseil rassemblant des représentants de vingt pays, aux situations économiques et aux besoins monétaires profondément disparates. Sa gestion des crises successives a fini par imposer le respect, malgré des débuts parfois chaotiques sur le plan communicationnel.

Les écueils de la communication et la pression constante

Le 12 mars 2020, interrogée lors d'une conférence de presse sur la brusque remontée des taux des emprunts d'État italiens, Christine Lagarde avait répondu un peu hâtivement que la BCE n'avait pas pour mission de réduire les écarts de taux, provoquant un krach historique à la Bourse de Milan et lui valant le surnom moqueur de « Christine Lagaffe ». Échaudée par cet épisode, la présidente de la BCE a ensuite veillé à s'exprimer exclusivement dans le langage abscons et technique des banquiers centraux, un jargon que l'ancien patron de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, avait un jour décrit ainsi : « Si vous m'avez compris, c'est sans doute que je me suis mal exprimé. »

Après six années de stress intense et de responsabilités écrasantes à piloter le paquebot monétaire européen au milieu des tempêtes successives, de la pandémie de Covid-19 à la guerre en Ukraine, personne ne pourrait reprocher à Christine Lagarde son envie déclarée de passer plus de temps avec ses petits-enfants. Cependant, il est permis d'avoir une interprétation plus politique de son possible départ anticipé et de celui, troublante coïncidence, de François Villeroy de Galhau.

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Les enjeux politiques derrière les mouvements

Ces départs pourraient être interprétés comme la volonté d'Emmanuel Macron de ne pas laisser la possibilité à Marine Le Pen ou à Jordan Bardella, si l'un d'eux s'installe à l'Élysée en 2027, de choisir le nouveau gouverneur de la Banque de France et de peser dans la nomination du successeur de Christine Lagarde à la BCE. Il s'agirait en clair d'établir un cordon sanitaire autour de l'euro pour le protéger d'une éventuelle arrivée au pouvoir du Rassemblement National, un parti historiquement opposé à l'indépendance des banques centrales et dont la conversion à la monnaie unique reste trop récente pour ne pas susciter la méfiance.

Les fonctions de banquier central, soumises à une pression extrême, à des responsabilités monumentales et à des critiques permanentes, apparaissent donc sous un jour nouveau, entre pénibilité professionnelle et enjeux géopolitiques majeurs. La gestion de la monnaie unique européenne reste un exercice d'équilibriste dans un contexte international toujours plus volatile.