Léo Richard, l'apprenti enseignant qui distille les Sept Péchés Capitaux dans sa cave
Dans la cave familiale d'Auvernier, un jeune apprenti enseignant de 22 ans a fondé Les Sept Péchés Capitaux, une marque de rhums arrangés et de liqueurs artisanales aussi spirituels que spiritueux. Entre autodérision, héritage et créativité, portrait d'un diablotin inspiré qui distille le goût du bonheur.
Un cocktail d'humour et de créativité
Prenez une généreuse dose d'humour, mélangez-la avec une lampée de créativité, secouez le tout jusqu'à obtenir une émulsion entrepreneuriale, et vous obtiendrez un très sympathique cocktail : le Léo Richard. À Neuchâtel, où il vit, ce jeune homme créatif et bouillonnant échappe à toutes les étiquettes. Apprenti professeur, il cultive une curiosité joyeuse, une énergie contagieuse et un excellent sens du marketing.
Les sept péchés et le goût du jeu
Tout commence lors de soirées poker entre amis, chez son grand-père antiquaire, à Auvernier. Pour animer l'ambiance, Léo, qui a le goût de la mise en scène, soigne son décorum et prépare un rhum arrangé maison, à partir d'un kit trouvé en magasin. « J'imaginais James Bond au Casino Royale, un verre à la main », s'amuse-t-il. Succès immédiat : la bouteille ne fait pas long feu.
Rapidement, Léo perfectionne la recette, expérimente, invente. L'idée d'en faire une marque naît, comme une évidence. « Dans ma région, on trouve de la bière, de l'absinthe… mais peu de rhums arrangés. Je me suis dit : pourquoi pas moi ? »
Une cave familiale transformée en antre des plaisirs
Léo n'a ni atelier high-tech ni distillerie luxueuse : son trésor se cache sous terre. Dans la cave à vin de la maison familiale. Ce lieu providentiel, appelé localement un carnotzet, va devenir le berceau de son entreprise. Durant des semaines, il la vide, la nettoie, y installe des étagères, des caisses, un petit éclairage tamisé. « C'était un endroit parfait pour stocker le rhum. Et symboliquement, ça me plaisait », sourit-il.
Il choisit le nom Les Sept Péchés Capitaux à la fois pour le clin d'œil spirituel et pour la richesse narrative. « J'ai toujours trouvé que les méchants des films ou des dessins animés avaient une vraie classe. Ce sont des gens blessés, passionnés, souvent mal compris et qui vont jusqu'au bout pour leurs idées », explique-t-il avec humour.
Sept recettes pour sept émotions
Aujourd'hui, chaque péché correspond à une recette, une ambiance, une émotion. « Les sept péchés, ce ne sont pas des défauts, dit-il. Ce sont des facettes de nous-mêmes. Il faut les apprivoiser, les goûter, pas les fuir. »
- L'Envie — framboise pure, acidulée et vive — fut la première.
- La Gourmandise se décline en banane-vanille ou mangue-coco.
- La Colère, sombre et chaleureuse, mêle pruneau et cannelle.
- La Zofingienne, née d'une collaboration avec une société neuchâteloise, évoque un verger automnal : pomme, tilleul, miel.
- Et les saveurs s'enchaînent : La Luxure au gingembre et fruit de la passion, L'Orgueil au poivre de Sichuan et à la vanille.
Chaque flacon porte une étiquette unique, fruit d'un travail minutieux d'intelligence artificielle. « J'ai généré plus de mille images avant de trouver les sept qui me convenaient », raconte-t-il. Le résultat : des visuels éclatants, presque mystiques, où l'imaginaire flirte avec le sacré.
L'artisanat en héritage
Pour la production, Léo a trouvé une solution conforme et ingénieuse : il loue ponctuellement un laboratoire professionnel. Les dimanches de fabrication deviennent des moments de partage, presque rituels, où amis, cousins et même sa mère viennent prêter main-forte. « On commence à 7h30, on finit vers 18h. Il faut préparer les sirops, découper les fruits, stériliser les bouteilles, tout surveiller. C'est long, mais c'est un immense plaisir. »
Léo ne cache pas que l'esprit entrepreneurial lui vient de son grand-père, antiquaire autodidacte devenu figure locale à Neuchâtel. « Il a commencé dans un petit garage, seul, et il a bâti sa galerie à la force du poignet. » Aujourd'hui, à 87 ans, son aïeul travaille encore six jours sur sept, avec bonheur.
Un rhum pour tous les goûts
Pensée comme une collection d'élixirs artisanaux, la gamme des Sept Péchés Capitaux se décline en plusieurs formats, selon l'envie — ou le péché — du moment.
- Les bouteilles standards de 500 ml sont proposées à 45 francs suisses, ou 53 francs lorsqu'elles sont filtrées.
- Les formats 700 ml s'affichent à 55 francs (ou 63 francs filtrés).
- La version 1 litre atteint 65 francs, 73 francs avec filtration.
- Pour les curieux, Léo a imaginé de petits flacons de 100 ml vendus entre 12 et 15 francs, parfaits pour découvrir la gamme.
Chaque bouteille, numérotée et étiquetée à la main, porte la marque du soin artisanal. « Rien n'est industriel, insiste-t-il. J'aime que chaque flacon soit unique, comme une rencontre. » D'ailleurs, le jeune homme a à cœur de livrer lui-même ses bouteilles, « pour le plaisir du contact ».
Une aventure en fermentation
D'abord guidé par le goût du travail bien fait, Léo a déjà de nombreux projets. Le site internet est en cours de finalisation, et de nouvelles collaborations se profilent. Présent sur plusieurs marchés artisanaux, il s'apprête à participer à un grand bal de 600 personnes à Neuchâtel et rêve de convaincre les chefs et restaurateurs de Suisse romande.
Une brasserie valaisanne s'est montrée intéressée, un chef étoilé au Portugal a aussi émis l'envie de le rencontrer. Pour faire avancer le développement de sa société, le jeune entrepreneur mise beaucoup sur l'aspect visuel et esthétique, cruciaux en termes de marketing.
Léo sourit : « J'ai dit à l'univers : mets-moi tous les obstacles que tu veux, mais laisse-moi toujours m'en relever ». En attendant de reprendre sa formation à la PH à Berne, il poursuit l'aventure des Sept Péchés Capitaux. Avec une ambition tranquille : « Je dis toujours que je vais corrompre le monde avec mes rhums. » C'est tout le mal qu'on peut lui souhaiter.



