Et si vous écriviez sur un carnet fabriqué comme au XXe siècle ? À l'heure des notifications permanentes et des outils numériques toujours plus performants, certains font le choix inverse. Mélissa Aldana et Romain Fusaro, entrepreneurs à Nîmes, ont lancé en avril Terrain de Jeu, une marque de carnets artisanaux pensée comme une parenthèse.
Une philosophie à contre-courant
"Nous travaillons beaucoup dans le digital, mais nous écrivons aussi énormément. L'écriture est un véritable outil de réflexion", explique Mélissa Aldana. Avec l'essor de l'intelligence artificielle, le duo ressent "le besoin de retrouver un équilibre". Loin du simple objet, le carnet devient refuge : "On ne vend pas des carnets. On vend du temps de réflexion."
Le choix du geste et du temps long
Ici, pas de production industrielle. Chaque carnet est imprimé en Provence sur une des dix dernières presses typographiques de France, datant de 1962 et "qui fonctionne comme un tampon géant", précise Romain Fusaro. Résultat : un relief perceptible au toucher, loin des impressions lisses ordinaires. "Cela apporte une logique du geste, un retour au geste", insiste Mélissa Aldana. Le papier est recyclé, la reliure cousue au fil de coton, l'encre est végétale et chaque pièce présente de légères variations. "La presse peut créer des imperfections, ce qui rend chaque carnet unique." Mais ce choix artisanal impose lenteur et contraintes : "Il faut parfois compter un mois à l'avance pour produire", reconnaît Romain Fusaro. Et Mélissa Aldana de plaisanter : "Les acheteurs n'auront pas les carnets sous trois jours ouvrés !" Mais pour eux, c'est précisément ce temps long qui donne sens au projet.
Un objet libre et brut
Pas de lignes, pas de cases, pas de promesse de productivité. Les carnets revendiquent leur liberté. "Un objet simple, brut, sans mode d'emploi", résume le duo. À l'intérieur, un "anti-guide" invite à dédramatiser l'écriture : "Si ce carnet a fini mouillé, gribouillé, plié, taché : c'est qu'il aura bien vécu."
Un retour à l'analogique
Avec leur première collection "Pura Vida", inspirée de leur vie au Costa Rica et tirée à 300 exemplaires, le couple s'inscrit dans un mouvement plus large. "Reprendre goût aux gestes simples : écouter un disque, faire son café à la main… tout ce qui est hors écran", décrit Mélissa Aldana. Sans pour autant rejeter le numérique, ils proposent une alternative : un QR code sur la dernière page donne accès à "un parcours d'écriture pour ceux qui ont peur de la page blanche ou qui veulent se lancer. Chaque parcours est lié à la production en cours." Parce que chaque collection est unique et limitée, une nouvelle voit le jour tous les trois mois. Rendez-vous en juin pour découvrir la prochaine. La collection Pura Vida est au prix de 35 euros le set de trois carnets sur terraindejeu.co.



