Bien qu'il habite maintenant depuis plus de trente ans dans la région, Alessandro Simonetti, coutelier et rémouleur à Castellar, garde encore aujourd'hui cet accent italien qui apporte une fraîcheur transalpine et un charme fou à sa conversation. En effet, ce créateur de couteaux de qualité est un orateur disert et surtout il aime expliquer son travail, ses choix artistiques, ses émotions, ses envies : une qualité pédagogique ô combien précieuse !
Un parcours hors du commun
Né en 1971 à Mongrando, dans la province de Biella, au nord du Piémont, l'enfant a grandi dans un village où son père exerçait le métier de maître tisserand. Mais Alessandro suivra contre toute attente des études de cuisinier pendant trois années, travaillant parallèlement dès l'âge de 14 ans dans différents restaurants. Et c'est au cours de la visite inopinée d'une forge qu'il ressent un vrai coup de foudre qui, quelques années plus tard, va complètement changer le cours de sa vie professionnelle.
De la cuisine à la forge
Arrivé à Monaco en 1996 où il continue d'exercer son métier de cuisinier, il rencontre sa future épouse et s'installe dans le vieux Menton. Pendant son temps libre, il fréquente l'association Les compagnons du Mentonnais qui regroupe différents métiers comme matelassier, rémouleur, forgeron ou encore peintre sur bois ancien, des artisans qui vont régulièrement montrer leurs savoir-faire dans les villages environnants. Alessandro fréquente aussi l'éco-musée des métiers où se trouve une forge. En 2010, il saute le pas, tourne le dos à son ancien métier, s'installe comme rémouleur dans les locaux de l'association et crée ses premiers couteaux.
À la disparition de l'association mentonnaise, grâce à l'intervention de l'ancienne maire de Castellar Huguette Layet, il saisit une belle opportunité et installe sa forge tout près du stade du Pilon où il effectue les gros travaux. Une dizaine d'années plus tard, Anne-Marie Curti, nouvellement élue maire du village, lui offre une autre opportunité : il ouvre alors sous le palais Lascaris un deuxième atelier dédié au polissage et aux finitions de ses créations. Là, il peut exposer ses couteaux et recevoir le public. Les yeux d'Alessandro brillent d'émotion lorsqu'il évoque les gestes ancestraux inhérents à son travail de coutelier, des gestes qui remontent à la nuit des temps et qui dans son cœur sont visiblement empreints d'une indicible nostalgie.
Des couteaux prisés des hôteliers
Alessandro affiche une modestie qui l'honore. Aujourd'hui ses créations atteignent un tel niveau de perfection que certains restaurants étoilés comme l'Hôtel de Paris à Monaco, ou d'autres comme le Novotel à Monaco ou le Casino Barrière à Menton, le sollicitent très régulièrement. Du 2 au 4 mai prochain, il participera une nouvelle fois au salon « Les chefs fêtent les producteurs » place des Lices à Saint-Tropez, un lieu où les plus grands chefs cuisiniers vont à la rencontre des meilleurs produits. Et les couteaux d'Alessandro en font désormais partie. Une sorte de trait d'union entre son ancien métier et sa passion de toujours. La reconnaissance d'un talent d'exception, tout simplement.
L'origine inattendue d'un couteau d'art
Les couteaux d'Alessandro Simonetti ont parfois une origine pour le moins inattendue. En effet, les matériaux originels proviennent de suspensions de jeep, de roulements à billes ou encore d'anciennes limes. Ils sont constitués d'un acier très dur, un alliage entre le fer et le carbone. Un traitement thermique approprié lui apportera à la fois la dureté et la souplesse nécessaires pour modeler la lame du couteau. Vient ensuite le choix de la qualité du bois utilisé pour fabriquer le manche du couteau : des essences locales comme le citronnier ou l'olivier ou encore du bois Morta, du chêne resté longtemps immergé dans la tourbe lui conférant une couleur très noire. Ou encore de l'érable, du peuplier et même de l'ébène. Et plus original, des bois de cerf qui apportent au manche du couteau une touche finale plus rustique.
Mais pour Alessandro Simonetti, c'est l'acier damassé qui va donner sa vraie noblesse au couteau : après avoir été nettoyé, monté en température et savamment pressé, ce mélange de métaux souples et durs va se transformer en une barre d'acier aux aspects visuels marbrés : le dessin est créé, soudé dans la masse et d'un aspect purement pratique le couteau devient alors un objet d'art à part entière.



