Viticulture française : un rapport parlementaire sonne l'alerte rouge
Dans le cadre d'une série d'articles sur l'avenir de la viticulture en Occitanie, Midi Libre donne la parole au sénateur et viticulteur héraultais Henri Cabanel. Coauteur d'un rapport parlementaire présenté ce mercredi sur l'avenir de la filière viticole française, il dresse un constat sans appel : les caisses publiques sont vides et la profession est en pleine crise existentielle.
Une filière divisée face à l'urgence climatique
Les scénarios scientifiques les plus pessimistes prédisent l'impossibilité de cultiver la vigne d'ici 2100. D'ici là, la filière parviendra-t-elle à s'unir ? Rien n'est moins sûr. Le négociant Gérard Bertrand réclame un "plan Marshall" et une irrigation massive, tandis que le vigneron Olivier Jullien, pionnier des vins de qualité en Languedoc, estime que l'arrosage devient un non-sens écologique.
La consommation de vin chute vertigineusement, les surfaces agricoles rétrécissent, et les températures pourraient tuer la vigne à moyen terme. La profession viticole, qui régnait en maître sur le littoral et son arrière-pays, est au bord du précipice.
Les propositions du rapport parlementaire
Henri Cabanel, aux côtés des sénateurs Daniel Laurent et Sébastien Pla, propose plusieurs mesures urgentes :
- Organiser des Assises de la viticulture au premier trimestre 2026 sous l'égide du ministère de l'Agriculture
- Ouvrir les organismes de défense et de gestion (ODG) au négoce en échange d'engagements de contractualisation
- Exiger que la grande distribution cesse de vendre des bouteilles de bordeaux à 1,59 €
- Introduire le coût de production dans le prix de vente pour éviter la vente à perte
"La filière n'est jamais contente et demande toujours de l'argent. Le constat, c'est que l'argent public se fait très rare," insiste le sénateur.
Le défi des cépages résistants et du bio
Certaines structures s'en sortent mieux que d'autres : celles qui produisent des vins frais, rosés et blancs, contrairement aux rouges dont la consommation diminue. Le marché du vin sans alcool représente également une opportunité.
L'adaptation au changement climatique passe par les cépages résistants, qui demandent moins d'intrants. Pourtant, une partie importante de la profession boude cette solution, préférant les cépages traditionnels mieux reconnus.
Sur le bio, Henri Cabanel est catégorique : "Ce n'est pas la peine d'y aller s'il se vend au prix du conventionnel. Certains ont saisi l'opportunité de faire du pognon, alors que le bio est une philosophie, pas une opportunité commerciale."
L'eau, enjeu crucial et limité
Face à la crise climatique, le sénateur est réaliste : "Si vous écoutez un élu qui va vous promettre l'eau, c'est un élu qui ment, on ne pourra pas l'amener partout."
Une des propositions du rapport est de permettre aux viticulteurs qui n'auront pas accès à l'irrigation de changer la structuration des sols viticoles, qui se sont appauvris et ne retiennent plus assez l'eau de pluie.
"On ne donnera plus un euro d'argent public sans une contrepartie. On a fait l'erreur politique d'avoir donné de l'eau sans contrepartie," affirme-t-il.
Un avenir incertain pour le Languedoc viticole
Le Languedoc pourrait changer de visage dans les décennies à venir. La profession agricole doit réfléchir à inventer de nouvelles filières : amande, olivier, grenadier. "Encore faut-il construire des filières. C'est un enjeu politique fort, pour maintenir une agriculture," souligne Henri Cabanel.
La déprise agricole représente un combustible supplémentaire pour les incendies, déjà favorisés par le changement climatique. Le sénateur conclut sur une note sévère : "La profession est constamment en train d'appeler au secours quand il y a le feu au lac. L'Italie est devenue le premier producteur européen et dans le même temps la profession ne réagit pas vraiment."
Ce rapport, fruit de cinq mois de travail, se veut constructif face à une urgence viticole qui ne peut plus attendre. Les trois sénateurs viticulteurs ont passé en revue tous les aspects de la filière : revenus, rareté de l'eau, réchauffement climatique, cépages résistants, déconsommation de vin... Un diagnostic complet pour une crise multidimensionnelle.



