Béatrice-Anne Gouin écrit un roman pour survivre à la liquidation de son domaine viticole
Un roman pour survivre à la perte d'un domaine viticole

L'écriture comme bouée de sauvetage face à la crise viticole

Béatrice-Anne Gouin, 46 ans, a trouvé dans l'écriture compulsive une forme de résistance et de thérapie alors que son monde s'effondrait. Pendant un an et demi, les nuits sans sommeil se sont transformées en longues heures devant l'ordinateur, où les chiffres des emprunts cédèrent la place aux mots d'un roman. Cette période tourmentée coïncide avec la liquidation du château Vieille Tour, propriété viticole familiale située à Laroque, à 30 kilomètres au sud de Bordeaux, emportée par un conflit familial et la crise du secteur.

La chute d'un rêve viticole

Béatrice-Anne et son mari Jérôme, 51 ans, ont tout perdu, y compris leur foyer. Jérôme, né dans cette propriété créée par son grand-père, y a toujours travaillé. Après la liquidation en janvier, il a dû enchaîner comme tractoriste dans un château du Médoc et cherche désormais un poste de maître de chai. Le couple s'est battu sans relâche : « On s'est battus sur tous les fronts, sept jours sur sept. À la vigne, au chai, les salons de vente le week-end, l'accueil au château l'été avec des activités autour du cheval », raconte Béatrice-Anne, qui avait rejoint la propriété il y a six ans après quinze ans d'expérience dans la formation viticole.

Malgré des efforts désespérés pour réduire le vignoble de 25 à 10 hectares et tenter une nouvelle approche commerciale, les dettes sont restées écrasantes. L'épuisement a conduit au burn-out. « Un couple qui s'épuise. Le corps dit stop. Il a fallu déménager une vie entière puis traverser debout un effondrement », écrit-elle dans son manuscrit.

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Naissance d'un roman dans la boue des vignes

De cette épreuve est né « Le Souffle de la vigne », un roman de 670 pages pour lequel l'auteure cherche actuellement un éditeur. « Ce livre est né dans la boue des vignes, dans le silence des écuries, dans la persévérance », affirme-t-elle. Son récit, d'un style poétique et sensoriel, décrit la vie d'un couple pendant dix-huit mois dans une exploitation viticole, mêlant la beauté des paysages au soleil et les douleurs physiques, la joie des vendanges et l'angoisse des factures.

« Le grand public ne connaît pas le quotidien sur une propriété. Par exemple, pourquoi on traite avec des produits phytosanitaires. J'ai voulu expliquer tout ça », explique Béatrice-Anne Gouin, dont l'écriture se veut dépourvue de rancœur, simplement guidée par le désir de « maintenir à flot » et de trouver « une porte de sortie digne ».

Vers une renaissance par les chevaux

L'ouvrage s'accompagne d'une méthode intitulée « Tailler pour renaître », destinée aux personnes en transition de vie – rupture, burn-out, perte de repères – et sensibles à la nature. Pour la mettre en œuvre, Béatrice-Anne Gouin envisage l'équicoaching, une approche thérapeutique utilisant le contact apaisant avec les chevaux pour surmonter angoisses et doutes.

Cette orientation vers le monde équin n'est pas un hasard. Fille d'un homme s'occupant d'un haras d'une vingtaine de chevaux dans le nord du Médoc, et cavalière confirmée elle-même, elle envisage une reconversion dans ce domaine, malgré la peur persistante liée au traumatisme de la perte du château.

L'après-liquidation : un combat pour survivre

Le couple vit désormais dans la famille de Béatrice-Anne et a monté un dossier de surendettement pour éviter la saisie sur salaire. « Heureusement, la présidente du tribunal, à Bordeaux, a été bienveillante. Elle a rappelé que nous avions fait le maximum pour nous en sortir », témoigne Jérôme, évoquant aussi l'utilité de la cellule psychologique mise à disposition.

L'angoisse reste palpable, illustrée par le cauchemar d'un collègue vigneron qui redoutait l'arrivée d'un huissier. La question du millésime 2025, « si bon », encore dans les chais, demeure en suspens. Malgré tout, Béatrice-Anne Gouin a déjà commencé un second ouvrage. « Emportée comme par une avalanche, écrire m'aide à tenir le coup », confie-t-elle, transformant l'adversité en source de création et d'espoir.

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