Une opportunité inattendue pour la tomate française
Ronan Collet, producteur de tomates à Noyal-Châtillon-sur-Seiche près de Rennes, observe avec attention les premières tomates cerises de sa serre. Ces petites boules rouges, chauffées au gaz et donc imparfaites écologiquement, répondent à une demande constante de consommateurs impatients. « Le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres », pourrait-on dire en observant la situation actuelle du marché.
Le recul marocain et ses causes
L'an dernier, près de 400 000 tonnes de tomates marocaines ont été importées en France, concurrençant directement la production nationale même en pleine saison. Mais cette année, leur présence se fait plus discrète. La raison n'est ni la hausse du carburant ni un changement des accords commerciaux, mais bien des intempéries dévastatrices.
Le Maroc a subi cet hiver des conditions météorologiques extrêmes : une violente tempête en mars a détruit des milliers d'hectares de serres dans la région de Souss-Massa, suivie de pluies, crues et grêle destructrices. Ces événements font suite aux inondations de l'an dernier qui avaient déjà fragilisé les cultures et provoqué l'apparition de maladies.
Les conséquences sont immédiates : production en chute libre et prix en hausse constante au Maroc. « C'est exceptionnel ce qui leur arrive. Personne ne s'attendait à ça », reconnaît Lauriane Le Leslé, directrice de l'AOP Tomates et concombres de France.
La stratégie française de reconquête
Face à cette situation, la filière française voit une opportunité. « On avait laissé le marché d'entrée de gamme aux Marocains. C'est à nous de le reconquérir », affirme Lauriane Le Leslé. L'an dernier, les producteurs avaient lancé une « barquette souveraine » à 1,29 euro avec un habillage bleu blanc rouge unique, baptisée « petit apéro français ».
Ronan Collet, également président de la coopérative bretonne Solarenn, tempère cependant l'enthousiasme : « C'était un lancement. Certaines enseignes nous ont suivies, d'autres non. Ça n'a pas été fulgurant non plus ». Environ 3 000 tonnes ont été vendues sous cette barquette, un résultat correct mais perfectible.
Perspectives encourageantes pour la saison
Cette année, les perspectives semblent plus favorables. Isabelle Georges, directrice de Solarenn, explique : « On a réussi à convaincre quasiment toutes les enseignes de nous suivre. On peut espérer doubler ou tripler les ventes cette année. Mais on ne peut rien faire sans le soutien des distributeurs ».
Le lancement de saison est décrit comme « très encourageant », notamment en raison de la moindre concurrence marocaine. La stratégie mise en place joue sur la fibre citoyenne : « On espère avoir un acte d'achat engagé de la part des consommateurs français. Pas seulement cette année mais aussi les suivantes », poursuit Isabelle Georges.
Un enjeu de souveraineté alimentaire
Le contexte dépasse la simple opportunité commerciale. En France, la tomate est le légume le plus consommé, mais deux tomates sur cinq sont importées. Ronan Collet souligne : « À l'heure de la souveraineté alimentaire, ça interroge ».
La production française de tomates sous serre, bien que consommatrice de gaz pour le chauffage, répond à une demande hors saison. Si la France ne le fait pas, d'autres pays le feront, comme l'a démontré le Maroc ces dernières années. La situation actuelle offre donc une fenêtre d'opportunité pour reconquérir des parts de marché et sensibiliser les consommateurs à l'origine de leurs produits.
La barquette bleu blanc rouge symbolise cette volonté de réappropriation du marché national. Son succès dépendra non seulement des aléas climatiques chez les concurrents, mais surtout de l'engagement des distributeurs et des consommateurs français en faveur d'une production locale, même imparfaite sur le plan environnemental.



