Une éleveuse du Lot-et-Garonne suspecte une attaque de loup après cinq ans dans le Mercantour
Suspicion d'attaque de loup en Lot-et-Garonne : le témoignage d'une éleveuse

Une éleveuse confrontée à une suspicion d'attaque de loup en Lot-et-Garonne

Audrey Verhoeven, éleveuse à Monbahus, a cohabité durant cinq années avec le loup dans le parc du Mercantour. Cette expérience, marquée par une quinzaine d'attaques sur son troupeau, fait aujourd'hui naître chez elle une inquiétude nouvelle dans le Lot-et-Garonne, où la présence du canidé n'est pas officiellement recensée.

Le dilemme de l'éleveuse : se taire ou parler ?

« Je n'en ai pas vu, je n'ai pas dit que c'en était un. Et je n'ai aucun intérêt à ce qu'il soit là, j'ai assez de problèmes comme ça. Mais je m'interroge sur la possibilité qu'un chien fasse cela », confie Audrey Verhoeven, éleveuse depuis trente ans. Elle évoque le loup à demi-mot, consciente de la sensibilité du sujet.

Vendredi 27 février, sur les terres de la Petite ferme de Guillaume à Monbahus, Audrey a découvert le cadavre de l'une de ses 80 brebis sur un talus de deux mètres de haut. La présence matinale de buses dans le ciel a trahi la présence du corps d'une femelle basco-béarnaise de 7 ans, gestante de quatre mois. « En Lot-et-Garonne, on ne compte pas les brebis qui ne sont pas à la traite », note-t-elle. Celle-ci n'était visiblement pas rentrée la veille au soir.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une attaque « propre » qui interroge

L'éleveuse a d'abord pensé à une crise cardiaque avant d'examiner la scène. La bête n'a pas été égorgée. Quelques touffes de laine laissent penser qu'elle a été attrapée par l'arrière alors qu'elle montait le talus et dévorée sur place.

  • Les deux cuissots ont disparu
  • Les os des cuisses sont nettoyés, l'un d'eux est brisé
  • La peau est retroussée
  • Le contenu gastrique gît au sol
  • La panse et les viscères ont été mangées

« Quand un chien mange, il y en a à droite à gauche, c'est un carnage. Là, c'était propre », observe Audrey. La signature du loup ? « Il a fallu une bête assez discrète, qui vient pour manger, et assez forte pour mettre une brebis de près de 70 kilos à terre ».

L'expérience du Mercantour comme référence

Pour Audrey Verhoeven, le doute est permis : « La différence entre une attaque de chiens ou de loup n'est faite que de petits détails ». Elle a acquis cette expertise après cinq années en « zone loup » dans les Alpes-Maritimes. D'août 2017 à l'été 2022, elle habitait une ferme située à 1 500 mètres d'altitude dans le Mercantour, où ses chèvres et brebis ont subi une quinzaine d'attaques.

« À chaque fois, l'agent en charge des constats de dommage loup se déplaçait. Ça durait près d'une demi-journée. Il regardait tout, expliquait tout, c'est très intéressant. Là-bas, on a aussi appris à regarder nos chiennes. Quand la pression remontait, elles changeaient de comportement », raconte-t-elle.

Le changement de comportement des chiens de protection

Pour protéger son troupeau, quatre patous veillent. « Depuis notre retour en Lot-et-Garonne, ils étaient en préretraite », explique l'éleveuse. Premiers remparts face aux prédateurs, ces chiens passaient le plus clair de leur temps à la grange. Ce n'est plus le cas depuis l'attaque.

« Leur comportement a changé, assure Audrey. Ils ont repris le fonctionnement qu'ils avaient en montagne. Ils ne quittent plus le troupeau ». Parmi les indices faisant redouter le passage d'un animal solitaire, c'est l'attitude de ses chiens qui l'interpelle particulièrement.

Ces dernières années, ils ont déjà fait fuir sans difficulté un rottweiler et un staff qui venaient semer la panique parmi ses bêtes. Cette fois, ils n'ont rien perçu. « Les chiens courants mordent à droite, à gauche. C'est plus souvent du jeu que de la faim. Il y a des chiens errants en France, mais pas de chiens sauvages », estime Audrey.

Une absence de réponse officielle

L'éleveuse a contacté le service élevage de la Chambre d'agriculture à la suite de cette attaque. « J'ai même envoyé des photos, je n'ai pas reçu de réponse », déplore-t-elle. La carcasse est partie à l'équarrissage. « Pas de constat, donc pas de loup », résume amèrement Audrey. Les patous, eux, sont désormais sur les dents.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Apprenant cette suspicion d'attaque ce mercredi 11 mars, la présidente de la Chambre d'agriculture, Karine Duc, a fait part de son intention d'en parler avec l'éleveuse.

Le Lot-et-Garonne, exception régionale

Le Lot-et-Garonne demeure l'exception de Nouvelle-Aquitaine. La présence de Canis lupus n'y est pas signalée officiellement, pas même son passage qui semble pourtant inéluctable.

Lot, Dordogne, Charente-Maritime, Gironde, Béarn : le loup a été identifié partout dans la région. Même dans les Landes, il y a un an : une première en 100 ans. Mais pas encore dans le département, assuraient les services de l'Office français de la biodiversité avant leur entrée en période de réserve, précisant qu'aucun indice de sa présence (déjection, poils…) n'avait été relevé.

Des mesures préventives malgré tout

En décembre 2024, sentant la menace se rapprocher avec les déplacements de l'animal de l'est vers l'ouest, la commission loup de la Direction départementale des territoires (DDT) de Lot-et-Garonne a abouti à un arrêté préfectoral classant le département en cercle 3.

Cette mesure essentiellement préventive vise « la survenue possible de la prédation par le loup ». Elle s'accompagne d'aides pour inciter les éleveurs à s'attacher les services de chiens de protection. Le cercle 2 correspond à une zone de prédation probable, tandis que le cercle 1 désigne une zone de prédation avérée.

L'expérience d'Audrey Verhoeven, forgée dans les Alpes-Maritimes, résonne aujourd'hui avec une acuité particulière dans ce département qui se prépare à une éventuelle arrivée du prédateur, tandis que ses chiens de protection, sortis de leur « préretraite », semblent déjà avoir perçu ce que les autorités n'ont pas encore officiellement constaté.