Depuis près de deux ans, les agriculteurs de la basse plaine de l’Orb se mobilisent pour préserver leurs terres, progressivement rongées par le sel. La création d’un Comité de pilotage « salinité » en préfecture le 30 juin dernier constitue une avancée significative, marquant une prise de conscience institutionnelle de la problématique.
Un combat quotidien contre l’avancée du sel
En pleine saison estivale et à l’approche des vendanges, les agriculteurs et viticulteurs de cette zone de 2 800 hectares, située entre la mer et l’Orb jusqu’aux communes de Sérignan, Sauvian, Villeneuve-lès-Béziers et Portiragnes, continuent de se faire entendre. Depuis deux ans, ils luttent contre l’infiltration du sel par capillarité, qui tue les cultures. Fédérés au sein de l’Association de défense de la basse plaine de l’Orb, ils ont obtenu la mise en place d’un comité de pilotage réunissant l’État, la Chambre d’agriculture, le Département, l’Agglo et les mairies. Une première réunion a eu lieu au début de l’été, comme l’explique Paul Thomas, président de l’association : « C’était notre souhait. »
Réhabilitation du réseau de drainage
Cette avancée a été permise par la réhabilitation complète du réseau de fossés et du système d’évacuation des eaux, exigée par les services de l’État. L’Association syndicale autorisée (Asa) chargée de l’entretien a été reprise en main. Mathieu Marto, son nouveau président, détaille : « En six mois, on a tout remis à neuf : les grilles ont été remplacées, le ruisseau nettoyé, les pompes remises en fonctionnement avec l’aide de l’EPTB Orb et Libron, et l’étanchéité du bâtiment de la pompe revue. » Le résultat a été immédiat : la teneur en sel dans les fossés est passée de 12 grammes par litre à 3 grammes par litre. Toutefois, Paul Thomas précise qu’il s’agit de l’eau résiduelle, pas de la quantité de sel dans la terre.
300 exploitations menacées
Le problème de salinité touche 300 exploitations agricoles sur 2 800 hectares, générant 1 500 emplois directs et indirects. L’Association intercommunale de protection et de préservation de la basse plaine de l’Orb compte environ 260 adhérents. Paul Thomas déplore : « On a perdu deux jeunes agriculteurs récemment, ils n’avaient pas de revenus suffisants. »
Des pistes multiples mais un objectif commun
Les agriculteurs militent depuis le début pour la construction d’un barrage anti-sel sur l’Orb, convaincus que le problème vient du fleuve. Cependant, ils se heurtent aux administrations, et cette option, qui contrevient au principe de continuité écologique, ne sera envisagée qu’en dernier recours. Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, affirme : « On n’écarte aucune piste. » Parmi les solutions étudiées : doubler la capacité de pompage, travailler avec l’EPTB sur un plan de gestion du delta, agir sur la taxe foncière non bâtie, mieux utiliser la capacité de BRL, et le prix de l’eau.
Études en cours et perspectives
Deux études sont en cours : l’une menée par le BRGM, financée en partie par l’Agglo Béziers Méditerranée, et l’autre dirigée par l’EPTB Orb et Libron. Leurs conclusions pourraient être rendues courant 2026. Paul Thomas reste sceptique : « On n’a pas beaucoup d’espoir dans ces études. » Pour les agriculteurs, les entrées d’eau salée proviennent de l’Orb, dont le débit est trop faible, et des brèches dans les dunes des Orpellières à Sérignan. Leur objectif est de stopper ces entrées et la progression du sel.
Sur les 2 800 hectares, 380 sont considérés comme morts mais récupérables. « Chaque année, on perd 3 à 5 %, ça se diffuse comme un cancer », alerte Paul Thomas. Une nouvelle réunion du comité est prévue en octobre. En attendant, les agriculteurs poursuivent la remise en état du réseau et étudient des cultures de remplacement ou un tarif préférentiel pour la submersion avec l’eau du Bas-Rhône. « Ça fait deux ans qu’on a pris notre bâton de pèlerin, on s’est donné sept ans. On y va marche par marche, on est au milieu de l’escalier. Mais on est des têtus, on ne lâchera rien », conclut Paul Thomas.



