Rougeline, le géant français de la tomate qui a su s'adapter pour survivre
La tomate, icône des potagers et reine des tables estivales, est désormais attendue toute l'année par les consommateurs. Cette demande permanente a contraint les producteurs à une profonde transformation. À Marmande, l'union de coopératives « Les Paysans de Rougeline » est devenue une référence nationale et le premier producteur de tomates en France. « Pour cela, il a fallu remettre à plat notre façon de faire », résume son directeur général, Gilles Bertrandias, avec un credo : l'union fait la force.
Un secteur en pleine recomposition
Quand Gilles Bertrandias, fils d'arboriculteurs lot-et-garonnais, arrive en stage à Marmande au milieu des années 90, le secteur vit une révolution :
- Critique du productivisme et abandon progressif de la culture en pleine terre
- Arrivée de l'Espagne dans la CEE, concurrente redoutable
- Percée de la grande distribution et ses centrales d'achat
- Nouvelles exigences environnementales
- Concurrence féroce du Maroc, d'abord hivernale puis annuelle
- Explosion des coûts de main-d'œuvre et d'énergie
« C'était un peu s'adapter ou mourir », confie Gilles Bertrandias. La France consomme environ 800 000 tonnes de tomates par an mais n'en produit que 500 000.
La stratégie d'adaptation : regroupement et innovation
L'histoire de Rougeline, commencée en 1990 dans le Roussillon, est une succession de stratégies d'adaptation :
- Regroupement massif entre producteurs pour peser sur le marché
- Généralisation de la culture hors-sol sur substrats sous serre
- Recherche constante de gains de productivité, notamment par la robotisation
Les serres, qui sécurisent la production, posent cependant des défis environnementaux majeurs : consommation d'eau, énergie fossile pour l'éclairage, le chauffage et le rafraîchissement.
L'écoserre®, une révolution technique
Pour limiter l'impact environnemental, Rougeline a développé le concept d'écoserre®, dont la première a été installée à Parentis-en-Born en 2011. Sous la présidence de Bruno Vila, « fils de maraîchers né dans une serre », le groupe n'a cessé d'innover :
- Serres de 7 mètres de hauteur avec systèmes intelligents de récupération d'eau de pluie
- Structures isolantes et serres gonflables
- Mix énergétique optimisé et meilleure gestion température/humidité
- Serres nouvelles technologies limitant l'entrée des insectes
- Lutte intégrée contre les parasites
- Panneaux photovoltaïques et cogénération de chaleur
L'innovation va plus loin : à Parentis-en-Born, des serres utilisent la chaleur de puits de pétrole voisins, tandis que d'autres récupèrent l'énergie d'incinérateurs d'ordures ménagères. « Nous nous intéressons aussi aux micro datacenters dont on pourra réinjecter la chaleur dans les serres dès cette année », se félicite Gilles Bertrandias.
Le pari de la qualité et de la différenciation
« On s'est orienté vers un schéma agricole vertueux », souligne le directeur général. Membre fondateur du collectif Nouveaux champs, Rougeline s'est engagé dans un programme « Zéro résidu de pesticides » pour certaines productions, ne pouvant prétendre au label bio en raison de la culture hors-sol.
La quête d'excellence a abouti à l'obtention du label rouge « tomate de bouche » en 2023 sur quatre variétés, reconnues gustativement supérieures. Parallèlement, l'AIFLG travaille sur une IGP Tomate de Marmande pour valoriser la culture traditionnelle en pleine terre.
« L'avenir de la filière passe par ces différenciations et signes de qualité qui sont une reconnaissance pour le producteur », insiste Gilles Bertrandias, qui imagine déjà la tomate de demain : « Celle qui allie plaisir du goût, diversité, qualités nutritionnelles dans un système respectueux de la planète, plus facile à produire, moins chère et moins gourmande en eau. »
Un modèle coopératif qui fait la force
Aujourd'hui, Les Paysans de Rougeline regroupent six coopératives, représentant 192 familles de producteurs réparties dans le grand Sud de la France. Leurs visages authentiques ornent les barquettes de tomates cerise et de fraises en grande distribution, affirmant l'origine française et locale de leur production.
Les chiffres clés témoignent de cette réussite :
- 3000 emplois et un chiffre d'affaires d'environ 200 millions d'euros en 2024
- 900 hectares de cultures dont 350 hectares de serres
- 90 000 tonnes de fruits et légumes produits annuellement, dont 80 000 tonnes de tomates
- 4000 tonnes de fraises et 7000 tonnes de concombres récoltées
- 78% des récoltes consommées à moins de 150 km de leur lieu de production
Le Lot-et-Garonne reste le cœur historique avec 80 producteurs et trois des six organismes de production : Valprim, la coopérative des Perrinots et Cadalbret. Une vingtaine d'autres producteurs sont installés dans les Landes et en Gironde.
Face aux défis du marché et aux impératifs environnementaux, Rougeline démontre que l'agriculture française peut se réinventer grâce à l'innovation, la coopération et une quête permanente de qualité.



