Un revirement qui suscite la controverse
Le ministre de l'Agriculture, Mathieu Lefèvre, a pris une décision surprenante en autorisant l'utilisation d'un pesticide néonicotinoïde, le thiaméthoxame, pour une durée de 120 jours. Cette autorisation, accordée le 23 juillet 2023, concerne spécifiquement les cultures de betteraves sucrières. Elle intervient après que le ministre avait publiquement déclaré, en juin dernier, qu'il n'accorderait aucune dérogation pour ces substances, jugées dangereuses pour les abeilles.
Les détails de la décision
Selon le décret publié au Journal officiel, l'utilisation du thiaméthoxame est permise du 1er août au 30 novembre 2023. Cette décision a été prise en concertation avec les filières agricoles, qui alertaient sur une possible recrudescence des pucerons verts, vecteurs de la jaunisse de la betterave. En 2020, une épidémie de jaunisse avait entraîné une perte de 30 % de la production de betteraves en France, selon l'Institut technique de la betterave (ITB).
Les réactions politiques et associatives
Ce revirement a provoqué l'indignation des associations environnementales. « C'est un véritable coup de poignard dans le dos de la biodiversité », a déclaré Sophie Lebreton, porte-parole de l'ONG Pollinis. « Le ministre sacrifie les abeilles sur l'autel du lobbying agricole », a-t-elle ajouté. De son côté, l'opposition politique n'a pas tardé à réagir. Le député écologiste Yannick Jadot a dénoncé « une trahison des engagements pris par le gouvernement en faveur de la transition écologique ». Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a toutefois défendu la décision, affirmant qu'elle était « nécessaire pour sauver la filière betteravière ».
Un contexte de tensions sur le marché du sucre
La décision intervient dans un contexte de flambée des prix du sucre sur les marchés mondiaux. En 2022, le prix du sucre a augmenté de 25 % en France, selon l'INSEE. Les betteraviers craignaient une nouvelle baisse de production, ce qui aurait accentué la dépendance aux importations. « Sans cette dérogation, c'est toute une filière qui s'effondre », a justifié Mathieu Lefèvre dans un communiqué.
Les implications pour l'environnement
Les néonicotinoïdes sont accusés d'être responsables du déclin des populations d'abeilles et d'autres pollinisateurs. Une étude de l'INRAE publiée en 2022 a montré que l'exposition à ces pesticides réduit de 30 % la capacité de butinage des abeilles. La Commission européenne avait interdit l'usage en plein air de ces substances en 2018, mais la France avait accordé des dérogations successives pour la betterave. Le gouvernement s'était engagé à mettre fin à ces exceptions à partir de 2024.
Un calendrier politique délicat
Ce revirement intervient à un moment sensible pour l'exécutif, alors que le projet de loi sur la souveraineté alimentaire est en discussion au Parlement. Le gouvernement est pris en tenaille entre les exigences environnementales et les pressions du monde agricole. « Nous devons concilier les impératifs écologiques et économiques », a plaidé le ministre. Mais pour les associations, cette décision montre que « le gouvernement cède toujours aux lobbies quand il s'agit de faire des choix difficiles ».



