Une reprise prometteuse au cœur des Terrasses du Larzac
Emilie Grill et Arthur Travaux viennent de reprendre le réputé domaine d’Arboras, dans l’Hérault. Ce couple incarne le pouvoir d’attraction de l’appellation Terrasses du Larzac, qui, malgré une crise profonde dans la viticulture, continue de séduire de jeunes vignerons. Le secret ? Un climat relativement préservé et une variété de sols incomparables.
Arpenter le territoire des Terrasses du Larzac, c’est se plonger dans un univers minéral et fascinant. Ce microclimat résilient et cette diversité géologique ont permis à cette AOC héraultaise, créée en 2015, de connaître une ascension fulgurante en seulement dix ans. Aujourd’hui, elle compte une centaine de caves particulières et trois caves coopératives, pour un total de 200 à 250 vignerons sur 900 hectares, avec une production moyenne de 22 000 hectolitres.
Du digital business à la vigne
Emilie Grill, 31 ans, a suivi un parcours atypique. Après une école de commerce en digital business à Paris et un emploi dans la data analytique, elle a ressenti un vide. « J’ai réalisé que tout ça n’avait pas de sens », confie-t-elle. Elle se lance alors dans un master vins et spiritueux à l’école Kedge de Bordeaux, orienté commerce. En travaillant le marketing au Château de l’Engarran, propriété familiale à Lavérune, elle éprouve le besoin de travailler directement la vigne.
Son compagnon, Arthur Travaux, 32 ans, est un ancien sommelier du restaurant parisien étoilé Le Taillevent, puis caviste et commercial pour une grande marque de champagne. La découverte de la Réserve d’O, domaine réputé d’Arboras, a été un coup de cœur. « On a une pression de dingues car il faut respecter tout le travail fait ici par Marie et Fred (les anciens propriétaires), qui sont toujours à proximité pour nous conseiller, souligne Emilie. Et c’est aussi à nous de faire notre propre place. »
Un domaine en biodynamie
Le couple exploite 12 hectares en biodynamie, avec des vendanges manuelles et des levures indigènes pour préserver le caractère du terroir. Ils introduisent progressivement des changements : ajout d’un monocépage de Syrah dans la gamme, abandon de l’élevage en barrique au profit de l’amphore pour cultiver davantage « la minéralité et la fraîcheur des vins d’ici ». Le respect du sol et des cycles est une évidence pour eux.
Selon Sébastien Fillon, président de l’AOC, celle-ci exporte environ 25 % de sa production, principalement vers l’Europe. « L’export plus lointain est réalisé par de gros négociants régionaux comme Gérard Bertrand et Jean-Claude Mas, qui contribuent à nous faire connaître », précise-t-il.
Un terroir d’altitude préservé
« Ici, dans les terroirs d’altitude, on souffre moins de la sécheresse et du gel, la proximité du col du vent nous protège, ajoute Arthur. On a du vent, de bonnes conditions climatiques qui permettent de traiter rarement pour des rendements faibles mais des vins travaillés, avec une grande profondeur mais aussi légers, faciles à boire. »
Emilie se concentre sur la production, Arthur sur le commercial. Leur tandem avance vers ce projet de vie, cumulant naissances et renaissances : leur petit Léonard, âgé de deux mois, est déjà dans leurs bras.
La roche mère, source de minéralité
En parcourant leur immense parcelle de 9 hectares, plantée depuis 45 ans au pied du Mont Saint-Baudille, avec une vue panoramique à 180 degrés sur la plaine viticole et une partie du Haut Languedoc, on comprend le coup de foudre. La « roche mère » infuse sa minéralité naturelle dans les ceps. « Ici, glisse Emilie, la vigne a appris à incruster ses racines dans la pierre pour survivre. » Comme pour montrer à l’homme l’exemple à suivre.



