Pluies diluviennes en Occitanie : les agriculteurs face à une crise sans précédent
Pluies en Occitanie : les agriculteurs en crise

Pluies diluviennes en Occitanie : les agriculteurs face à une crise sans précédent

Les cumuls de pluie exceptionnels qui frappent l'Occitanie depuis plusieurs semaines sont devenus une véritable plaie pour les agriculteurs de la région. Champs impraticables, retards de semis, et alerte au mildiou se conjuguent pour créer une situation critique qui touche particulièrement les maraîchers de l'Hérault et du Gard.

Des terres gorgées d'eau et des semis compromis

Dans le bassin montpelliérain et en Camargue, les exploitations agricoles n'ont pas été épargnées. Elora Chiousse, jeune exploitante de la Ferme de l'Escure à Vénéjan près de Bagnols, témoigne : "Tout le fumier qu'on avait incorporé à l'automne est parti avec le ruissellement. Je ne sais pas ce que ça va donner." Ses choux, oignons, poireaux et courges baignent dans une terre lessivée par les eaux.

À Assas, Florence Reillon et son collègue Paul Marchand ont vu leurs serres inondées trois fois cet hiver malgré des travaux d'aménagement. "C'est impossible de rentrer dans les terres, explique Florence. On avait essayé il y a quinze jours mais les graines ne collaient pas à la terre."

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Un mois de retard et des inquiétudes multiples

Le retard des semis en plein champ atteint désormais un mois, créant une incertitude majeure pour la saison à venir. Florence Reillon s'inquiète également pour la présence des pollinisateurs au printemps : "Pour les fruits et légumes qui en ont besoin, il faut une quantité suffisante d'insectes."

Autre conséquence : l'alimentation des animaux. "J'ai dû donner plus de fourrage à mes moutons car l'herbe est trop courte et rare dans les parcs où ils vont brouter habituellement", précise-t-elle.

Double peine pour la vente directe

Pour les exploitants en vente directe, la situation est particulièrement difficile. "Une baisse d'affluence à la boutique" pèse sur les finances, selon Elora Chiousse. Même constat pour Florence Reillon au Domaine de Cassagnoles : "Il est trop tôt pour évaluer les pertes mais les légumes de saison ont baigné dans l'eau ce week-end pour la troisième fois cet hiver."

Elle ajoute, résignée : "Il faut attendre une semaine pour évaluer ce qui va pourrir ou pas. On a tenté de planter des patates la semaine dernière mais ça s'annonce compliqué..."

Le dérèglement climatique en pleine face

L'incertitude météorologique complique toute projection. "Le week-end dernier, ils annonçaient 40 mm, on en a pris 100. Ce n'est pas tout à fait pareil..., déplore Florence Reillon. Et avec la baisse des températures annoncée en fin de semaine, si on se prend un coup de gel avec cette terre gorgée d'eau, ça va être la catastrophe."

Elle conclut amèrement : "Le dérèglement climatique, on se le prend en pleine face à tous les niveaux. Je peux vous dire que la notion de résilience n'est pas une vue de l'esprit chez les agriculteurs."

850 mm d'eau en trois mois : un record inquiétant

Plus à l'ouest, les vignes de l'Hérault et de l'Aude subissent également ces excédents d'eau. Guilhem Vigroux, viticulteur à Villeveyrac et secrétaire général de la chambre d'agriculture de l'Hérault, alerte : "On vient de recevoir 850 mm d'eau en moins de trois mois alors que sur une année normale on est autour de 600 mm sur douze mois. Un truc de fou !"

Les tracteurs ne peuvent plus circuler dans les parcelles. "Je viens d'acheter un quad équipé de chenilles pour pouvoir travailler, en espérant que ça marche", confie-t-il.

Alerte rouge au mildiou dans les vignobles

La situation est particulièrement critique pour la viticulture. "Quasiment toute la région est touchée, les collègues du Narbonnais aussi", précise Guilhem Vigroux. Il redoute une grosse poussée de mildiou : "Là c'est alerte rouge, toutes les conditions sont réunies pour une bonne poussée avec toute cette humidité plus la moiteur des températures."

Certains viticulteurs en sont réduits à traiter à pied avec 20 kg de produit sur le dos. "Un retour au siècle dernier", commente-t-il avec amertume.

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Un espoir : le vent du nord

Tout n'est pas encore perdu selon Guilhem Vigroux : "Avec quinze jours de soleil et de bon vent du nord, les choses peuvent assez rapidement s'assainir. Et comme les nappes sont pleines, l'été peut annoncer de belles choses."

Mais un risque persiste : "À condition qu'un coup de gel ne passe pas en avril sur ces bourgeons en avance. Là, il faudrait aller à Lourdes et prier en attendant que ça passe", conclut le viticulteur, fataliste.

Cette crise agricole sans précédent en Occitanie illustre les défis croissants auxquels font face les agriculteurs français face aux aléas climatiques extrêmes, avec des conséquences économiques et environnementales qui pourraient marquer durablement la région.