L’Assemblée nationale examine ce lundi 20 juillet le projet de loi d’urgence agricole, un texte clivant qui prévoit la réintroduction à titre dérogatoire de deux pesticides interdits en France mais autorisés dans l’Union européenne : l’acétamipride et le flupyradifurone. Le gouvernement, mené par le Premier ministre Sébastien Lecornu, a choisi de ne pas supprimer lui-même la mesure controversée et de laisser le Parlement « trancher ».
Un vote décisif à l’Assemblée et au Sénat
Le texte doit être soumis à un ultime vote à l’Assemblée en fin de soirée ce lundi, puis mardi 21 juillet au Sénat, après un compromis entre sept députés et sept sénateurs en commission mixte paritaire (CMP). Son adoption reste incertaine en raison des mesures sensibles sur les pesticides et l’eau. Sébastien Lecornu a tenu une réunion à Matignon avec les chefs des députés de la coalition gouvernementale et les ministres concernés pour discuter d’éventuelles modifications avant le vote à 21h30.
Le gouvernement s’en remet au Parlement
À l’issue de la réunion, l’entourage du Premier ministre a indiqué que « l’interdiction (de l’acétamipride) demeure le principe », mais que le gouvernement laisse « au Parlement le soin de trancher ou faire évoluer » le compromis issu de la CMP. Certains députés du camp gouvernemental (Renaissance, MoDem, Horizons) s’interrogent sur le message envoyé à l’opinion, un an après la censure par le Conseil constitutionnel de la loi Duplomb qui prévoyait le retour de l’acétamipride. Des sources parlementaires estiment possible qu’un député dépose un amendement pour supprimer l’article sur les pesticides, sans que le gouvernement, qui dispose d’un droit de veto à ce stade, ne s’y oppose.
Des positions fracturées dans la société
L’association écologiste Générations Futures a dénoncé « le virage mortifère du Sénat » concernant la réintroduction des pesticides interdits. De son côté, le président de la Confédération générale des planteurs de betteraves sucrières (CGB), Franck Sander, a jugé que la réautorisation « de façon ciblée et encadrée » du flupyradifurone « est une condition indispensable de notre compétitivité quand tous les voyants sont au rouge ». La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a mis en garde : « Faire échouer ce texte par idéologie, calcul ou peur achèverait de désespérer les agriculteurs. »
La question de l’eau et les manifestations
Le stockage de l’eau pour l’irrigation agricole continue également de susciter des tensions. Plusieurs rassemblements contre cette loi sont prévus cette semaine, dont une manifestation parisienne lundi soir aux Invalides. Selon un sondage réalisé pour La Tribune Dimanche, la protection de l’environnement a réalisé un bond spectaculaire parmi les préoccupations des Français : 32 % en font désormais un de leurs trois premiers thèmes d’inquiétude, soit une hausse de 12 points.



