Pêche française en crise : quotas et fermetures menacent la filière au Salon de l'agriculture
Au Salon de l'agriculture, la filière pêche tente désespérément de capter les besoins et l'attention d'un gros poisson : le consommateur. Frédéric Toulliou, président de l'association France Filière pêche, explique comment, chahutée par des crises successives et malmenée par les quotas, la pêche française accuse une décroissance alarmante de ses volumes. Rencontre sur le stand de la marque Pavillon France, où les enjeux cruciaux sont exposés.
Un secteur en déclin structurel et conjoncturel
Comment le secteur de la pêche se porte-t-il aujourd'hui en France ? Clairement, on observe une décroissance de la pêche française, liée à plusieurs éléments conjoncturels mais aussi structurels. Le plan de sortie de flotte de 90 bateaux en 2023, les trois années successives de suspension de la pêche pendant un mois dans le golfe de Gascogne, la gestion des quotas qui varient constamment, l'inflation qui touche les produits annexes, et une flotte vieillissante avec une moyenne d'âge de plus de 32 ans. Ces crises se répercutent sur toute la filière, avec 34 % des entreprises de mareyage françaises déficitaires fin 2024.
La consommation en baisse et le cas du maquereau
La consommation a elle aussi subi une inflexion, principalement due à la baisse de disponibilité des produits. La question des quotas revient au premier plan, notamment avec le coup de frein asséné fin décembre à la pêche au maquereau. Les pêcheurs français se retrouvent confrontés pour 2026 à une baisse de 70 % de leurs quotas pour le maquereau, qui passent de 8 500 à 2 500 tonnes. France Filière pêche a dénoncé cette diminution, qui va affaiblir une filière respectueuse de la durabilité. Double peine : elle subira la concurrence déloyale du maquereau des États côtiers non européens comme le Groenland, l'Islande et la Russie, qui s'extraient des bonnes pratiques.
L'impact des fermetures dans le golfe de Gascogne
La pêche a repris ce 21 février dans le golfe de Gascogne après un mois d'arrêt destiné à limiter les captures accidentelles de dauphins. Même si la mesure lancée il y a trois ans a eu des effets importants sur la baisse de mortalité des cétacés, la filière s'oppose à ce qu'elle devienne la norme. Un mois de fermeture déstabilise toute la filière, qui continue pendant ce temps-là à payer les charges et les salaires. Et même avec des dispositifs d'indemnisation, l'impact sur des entreprises déjà déficitaires est dramatique.
Solutions et communication au Salon de l'agriculture
Pavillon France est présent au Salon de l'agriculture pour faire passer des messages aux institutionnels. Il s'agit d'évoquer le problème coûteux du renouvellement de la flotte vieillissante, car sans volumes, la pêche française ne peut pas tenir. La filière s'appuie sur la science pour la gestion de la ressource et le respect de la biodiversité, en cofinançant près de 250 projets scientifiques. Le salon est aussi un moment crucial de communication avec le grand public, avec des ateliers culinaires et de découpe pour initier les consommateurs.
Chiffres clés de la pêche française
Production : 400 000 tonnes en 2024 pour 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Types de pêche : 42 % au filet (1 690 navires), 19 % au chalut (761), 14 % avec lignes et hameçons (561), 25 % autres (1 404). En Nouvelle-Aquitaine : 472 navires actifs, 1 450 emplois directs, 9 % en volume et 18 % en valeur de la production hexagonale, avec le top des trois espèces en volume : le merlu (14 847 tonnes), la baudroie (6 527), la sardine (1 592).



