Patrice Lapoule : une vie dédiée à l'art du bonsaï dans son jardin régussois
« Au lieu d'en acheter, j'ai décidé d'en faire pousser moi-même » : cette phrase résume la philosophie de Patrice Lapoule, un passionné de bonsaïs depuis cinquante et un ans. À soixante-neuf ans, cet ancien cadre de la Sécurité sociale taille, sculpte et chouchoute ses arbres miniatures avec une attention extraordinaire dans sa villa de Régusse, où il a emménagé en 2017.
Une forêt miniature nichée dans son jardin
Chaque jour, Patrice Lapoule vérifie si ses cèdres du Liban, son chêne blanc ou son orme de Chine poussent bien. Ses cèdres, hauts comme trois pommes à un an et demi, resteront dans leur pot environ cinq ans pour que leurs troncs atteignent la largeur d'un pouce. Ils ne dépasseront pas soixante centimètres et prendront une forme conique après la taille. « On peut faire du bonsaï avec tout », sourit-il, avouant une préférence pour les ifs sans vraiment savoir pourquoi.
Son approche est intuitive et esthétique : « J'aime tout, tant que c'est joli. Si quelque chose ne me plaît pas, je coupe ! » Seules les feuilles ou branches capricieuses sont élaguées, et même les échecs sont accueillis avec patience, dans l'attente d'un miracle qui, reconnaît-il, n'est jamais arrivé.
Un déménagement tragique et une renaissance
Avant de s'installer à Régusse, Patrice Lapoule possédait une vingtaine de bonsaïs, dont un pin blanc et un pin noir du Japon primés, qu'il cultivait depuis vingt ans. Le déménagement depuis la Seine-et-Marne fut catastrophique : laissés dehors, la plupart périrent en une semaine, représentant une perte de cinq à six mille euros. « J'ai dit j'arrête. C'est terminé », se souvient-il, mais sa passion a ressurgi : il a choisi de faire pousser ses propres arbres plutôt que d'en acheter.
Aujourd'hui, il n'en cultive qu'une dizaine, mais passe jusqu'à deux heures par jour à les bichonner. Il rêve d'exposer, mais veut d'abord agrandir sa collection à une quinzaine de spécimens, tout en résistant à la tentation d'acheter. En attendant, il se consacre à la cuisine orientale, une autre passion liée à la culture asiatique qui le captive, allant jusqu'à porter parfois un costume Tang par simple envie, indifférent au regard des autres.
Une passion solitaire née d'expériences malheureuses
Sa passion pour le bonsaï est née à dix-huit ans « comme ça », avec l'accumulation de livres puis d'arbres dans son appartement. Une première déception survint lorsqu'il confia ses pins à un voisin jardinier pendant des vacances : un mois plus tard, ils étaient « grillés ». Une autre tentative, il y a quinze ans, dans un club de Seine-et-Marne, tourna court quand la taille effectuée sur son pin blanc ne lui plut pas. Depuis, il est un « électron libre », ne confiant plus ses merveilles à personne.
« On évolue avec le bonsaï. On vieillit avec le bonsaï », confie-t-il, vivant cette passion dans l'intimité, comme un livre qu'on garde pour soi. Son rêve de voyager au Japon, nourri depuis ses débuts, reste inassouvi, ayant plutôt visité les Antilles ou l'Afrique du Nord. Mais Patrice Lapoule continue d'attendre, avec la patience du jardinier, laissant la possibilité à un miracle de survenir, dans son jardin où le temps semble suspendu autour de ses forêts miniatures.



