Pastoralisme cévenol : les brebis, gardiennes essentielles des paysages et de l'économie locale
Des châtaigneraies aux pâturages, le pastoralisme local incarne un rôle vital dans les Cévennes, particulièrement dans le Gard, à Saint-André-de-Valborgne. Les brebis, véritables gardiennes des paysages cévenols, sont au cœur d'activités agricoles qui allient enjeux économiques et préservation environnementale. L'élevage et l'estive des caprins et ovins contribuent significativement à la diversité des espaces montagnards, jouant un rôle clé dans la lutte contre les incendies et le maintien d'une faune et flore riches. Ce constat a été illustré récemment à Saumane, lors d'une projection mettant en lumière l'expérience de Jean-Louis Periez, dont Rémy Nougier a repris la bergerie au col de l'Espinasse.
Un héritage pastoral moderne : Rémy Nougier et ses 120 brebis
Depuis septembre 2025, Rémy Nougier, dans les pas de son père Philippe et de Jean-Louis Periez, élève 120 brebis sur 180 hectares. Une partie notable de ces terres est gérée via des contrats de commodat, une pratique ancestrale appliquée à des châtaigneraies délaissées. Le commodat, institué dès l'époque romaine et développé au Moyen Âge sous l'influence ecclésiastique, représente un prêt en nature sans transaction financière. En échange de l'usage des terres, l'éleveur s'engage à faire paître ses brebis pour prévenir l'embroussaillement, ainsi qu'à couper et ramasser le bois mort. Cette méthode valorise des espaces sans valeur marchande mais dotés d'une forte valeur d'usage, contribuant à l'entretien des paysages et des forêts.
Âgé de 32 ans, Rémy Nougier, père de deux enfants scolarisés dans la vallée, bénéficie de plusieurs aides publiques. Il a accès à la Politique Agricole Commune (PAC) élevage depuis 2015, ainsi qu'à des soutiens pour jeunes agriculteurs, en partie grâce à l'appui municipal. Il perçoit également une prime par tête majorée et l'indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN), en raison de la localisation en montagne cévenole. Les châtaignes servent de ressources fourragères, avec une densité limitée à une brebis par hectare pour préserver l'équilibre écologique.
Noémie Cabanes : une nouvelle génération d'éleveurs engagés
Noémie Cabanes, âgée de 35 ans et fille de Bernard Cabanes, exploitant forestier retraité et membre du conseil économique et social du parc des Cévennes, incarne cette dynamique renouvelée. Ingénieure titulaire d'un Master en élevage, elle travaille à temps partiel pour la communauté de communes, où elle accompagne les éleveurs dans leurs projets. Actuellement installée au hameau du Follaquier à Saint-André, elle développe son propre troupeau, visant à atteindre cinquante têtes d'ovins. Pour y parvenir, elle négocie des accords de commodat ou des baux ruraux avec ses voisins et potentiellement la commune, ce qui lui ouvrirait l'accès aux mêmes aides que Rémy Nougier.
Commercialisation et perspectives durables
Pour vendre leur viande d'agneau après abattage, Rémy et Noémie optent pour des circuits courts. Noémie prévoit de la vente directe sous vide sur commande, incluant une présence sur les marchés locaux. Rémy, quant à lui, utilisera également l'intermédiaire de la viande des Rousses. Ces approches renforcent l'ancrage territorial et soutiennent une économie locale résiliente.
Le pastoralisme cévenol, avec ses pratiques comme le commodat, démontre ainsi comment des méthodes traditionnelles peuvent s'adapter aux défis contemporains, en préservant les écosystèmes tout en stimulant l'activité économique. Cette synergie entre héritage et innovation offre un modèle prometteur pour les régions montagneuses, soulignant l'importance du soutien aux jeunes agriculteurs et des politiques agricoles adaptées.



