Les Ovinpiades préparent la relève des éleveurs ovins dans les Pyrénées
La finale des 21es Ovinpiades, prestigieux concours récompensant les futurs éleveurs d'ovins, se déroulera à Paris le 21 février prochain lors du Salon international de l'agriculture. En amont de cet événement national, une épreuve régionale cruciale s'est tenue en janvier dans le cadre bucolique des Pyrénées-Atlantiques, à Domezain-Berraute.
Une journée exceptionnelle dans l'exploitation de Jean-Philippe Carricondo
Au-delà du panneau signalant l'entrée du village, le paysage s'étend comme une véritable carte postale vivante. Sur des pentes verdoyantes avec vue panoramique sur les montagnes enneigées, des brebis laineuses regroupées en troupeau profitent du soleil hivernal. Ce matin-là, l'exploitation de Jean-Philippe Carricondo connaît une activité inhabituelle avec une concentration de véhicules sur la petite route en lacets et un étrange défilé de tee-shirts orange accompagnés de surbottes en plastique.
Quarante-cinq jeunes passionnés provenant de divers établissements agricoles de la région se sont rassemblés pour cette phase régionale des Ovinpiades des jeunes bergers. Les participants venaient notamment du lycée de Bazas en Gironde, de la Maison Familiale Rurale d'Aire-sur-l'Adour dans les Landes, du Centre de Formation Agricole de Sainte-Livrade en Lot-et-Garonne, ainsi que des lycées Errecart à Saint-Palais, Frantsesenia à Saint-Jean-Pied-de-Port, du lycée d'Oloron-Sainte-Marie, celui de Pau-Montardon et du CFAA d'Hasparren dans les Pyrénées-Atlantiques.
Immersion dans le quotidien de l'éleveur ovin
Jean-Philippe Carricondo, éleveur dévoué à la tête d'un cheptel de 500 brebis de race à viande - dont certaines ont mis bas dans la nuit précédant le concours - a généreusement mis ses bêtes et ses installations à disposition des Ovinpiades. "Les épreuves représentent le quotidien d'un éleveur d'ovins. Il nous faut des jeunes pour nous remplacer", justifie le propriétaire des lieux, soulignant l'importance cruciale de cette transmission des savoir-faire.
Le concours mêle habilement épreuves pratiques et théoriques devant un jury composé d'un éleveur expérimenté, d'un technicien spécialisé et/ou d'un enseignant agricole. L'immersion au milieu des bêlements débute par le tri d'un troupeau avec un lecteur électronique, démontrant que ce métier ancestral intègre désormais des technologies modernes.
Des épreuves variées testant les compétences essentielles
Les jeunes participants ont dû faire preuve de polyvalence lors de différentes épreuves :
- Le choix génétique du bélier le mieux qualifié pour un élevage spécifique
- La pose sécurisée d'une clôture, geste essentiel pour la protection du cheptel
- La visite médicale complète des animaux nécessitant l'examen des dents, du bourrelet cartilagineux, et la détection d'éventuels parasites
- L'évaluation par palpation de l'état d'engraissement des agneaux pour répondre aux besoins du marché
- Le parage des onglons, surnommé "manucure", crucial pour prévenir des maladies comme le piétin
Yohan Barnèche-Samalbide, 19 ans, élève à Saint-Palais et héritier de passionnés d'élevage ovin, a particulièrement brillé lors de l'épreuve du parage. "Ça permet à la brebis de conserver de bons aplombs et ça évite les maladies", explique-t-il avec précision, avant d'ajouter : "On est le patron de soi-même, c'est un joli métier, mais on ne le fait pas pour l'argent."
Deux qualifiés pour la finale nationale à Paris
À l'issue de cette journée intense, deux jeunes se sont particulièrement distingués : Quentin Menand-Marie du lycée professionnel d'Oloron-Sainte-Marie et Mathias Thouzeau du CFA d'Hasparren. Ils ont décroché leur précieux billet pour la finale nationale qui se tiendra le 21 février au Salon de l'agriculture à Paris, où ils représenteront fièrement leur région.
Un métier d'avenir face aux défis de souveraineté alimentaire
Guillaume Metz, président d'Inn'ovin Nouvelle-Aquitaine et détenteur de 22 mandats pour représenter la filière ovine (viande et lait), porte un message optimiste pour l'avenir de cette profession. "56% de la viande ovine consommée en France est importée", rappelle-t-il, avant d'ajouter : "La filière vise l'objectif de +1 million d'agneaux par an pour assurer la souveraineté alimentaire. Il faut produire plus et produire mieux. La bonne nouvelle, c'est que pour y parvenir, actuellement, un départ égale une installation."
Les Ovinpiades constituent ainsi l'action la plus visible de cette ambition collective : faire découvrir le métier d'éleveur de brebis dans toute sa diversité technique et humaine, et surtout susciter des vocations durables pour assurer la relève d'une profession essentielle à notre autonomie alimentaire et à la préservation de nos territoires ruraux.



