Une campagne nationale d'arrachage de vignes pour faire face à la crise viticole
Le ministère de l'Agriculture, par l'intermédiaire de son agence FranceAgriMer, vient de lancer une nouvelle campagne d'arrachage du vignoble à l'échelle nationale. Dotée d'un budget conséquent de 130 millions d'euros, cette initiative vise spécifiquement à faire disparaître environ 32 500 hectares de vignes sur l'ensemble du territoire français. Cette décision intervient dans un contexte particulièrement difficile pour le secteur viticole, confronté à une surproduction chronique et à des méventes persistantes qui mettent en péril l'équilibre économique de nombreuses exploitations.
Un mécanisme d'aide aux viticulteurs en difficulté
Cette campagne d'aide nationale à la réduction du potentiel viticole propose aux viticulteurs qui le souhaitent d'arracher leurs vignes en échange d'une prime de 4 000 euros par hectare. Les dossiers de déclaration d'intention d'arracher sont actuellement collectés par FranceAgriMer depuis le 6 février et jusqu'au 6 mars prochain. Dans une deuxième phase, les viticulteurs devront confirmer leur projet de manière définitive. Il est important de noter que la prime ne sera versée qu'une fois que les chantiers d'arrachage auront été réalisés et validés par les services compétents.
La Gironde particulièrement touchée par cette mesure
En Gironde, où le vignoble est particulièrement frappé par la crise du monde viticole, la Chambre d'agriculture estime que cette nouvelle campagne pourrait entraîner la disparition de 5 500 à 6 000 hectares supplémentaires de vignes. Cette estimation s'inscrit dans une tendance de fond : depuis les premiers arrachages de 2024, le vignoble girondin a déjà perdu autour de 20 000 hectares de vignes. Si les calculs de la Chambre d'agriculture se vérifient, la superficie totale du vignoble girondin tomberait à environ 84 000 hectares, contre près de 110 000 en 2023 et 125 000 en 2005.
Des conséquences à long terme pour les viticulteurs
« L'octroi de la prime entraîne la perte des droits de replantation », explique François Mechineau, directeur du pôle entreprise à la Chambre d'agriculture. « D'habitude, quand on arrache un hectare de vigne, on a le droit d'en replanter un. Là, on ne peut pas demander de droit de replantation pendant dix ans. La campagne concerne donc des gens qui veulent recomposer leur vignoble, le réduire, voire arrêter la vigne. Lors de la campagne précédente, 20 % des dossiers portaient sur un arrachage total pour arrêt de la viticulture ».
Cette mesure s'inscrit dans une stratégie plus large de restructuration du vignoble français. En 2024, la Confédération paysanne estimait déjà que le vignoble de Bordeaux devait perdre 30 000 hectares, après s'être trop étendu lors des années fastes. Deux ans et plusieurs plans d'arrachage plus tard, il semble que cette trajectoire soit en train de se concrétiser progressivement, avec des implications profondes pour l'avenir de la viticulture dans cette région emblématique.



