Une situation météorologique exceptionnelle dans l'Hérault
« C'est du jamais vu depuis trente ans »… Cette affirmation résume le constat alarmant des agriculteurs de l'Hérault, confrontés à des conditions météorologiques extrêmes qui bouleversent leur quotidien. Philippe Debattista, à la tête du Mas Alexandrine, une exploitation de 25 hectares de maraîchage biologique située à Saint-Nazaire-de-Pézan près de Mauguio, vit depuis des mois au rythme des caprices du climat.
Des pluies diluviennes qui paralysent le travail
Les récentes précipitations diluviennes ont une nouvelle fois complètement désorganisé le planning agricole. Pourtant, Philippe Debattista s'était préparé : face à un hiver exceptionnellement humide, il avait organisé ses terrains en « pentes légères pour que l'eau s'écoule » et savait qu'il « avait une fenêtre de dix jours » pour bien démarrer les mois de mars et avril, cruciaux pour la saison.
Mais lundi dernier, la situation est devenue critique. Les salariés travaillant dans les serres ont dû appeler : « Philippe, on ne peut plus travailler ». L'eau évacuée a commencé à remonter par capillarité, remplissant les bottes à mi-mollets. Il a fallu « limiter la casse » en curant en urgence un fossé mal entretenu au tractopelle pour libérer les flots.
Une exploitation transformée en lac temporaire
« Ici, hier, c'était un lac », décrit le maraîcher d'un mouvement circulaire de la main, évoquant ces terres fragiles au nord de l'étang de l'Or. Des vidéos attestent de l'ampleur des inondations : on y voit deux jeunes adultes faire du ski nautique dans une baignoire attelée à un cheval. Les fils de Philippe Debattista n'ont pas résisté à la tentation de cette image surréaliste, tandis que leur père choisit d'en sourire pour ne pas en pleurer.
Pour cet agriculteur, l'eau représente « une galère de plus » dans un contexte déjà extrêmement difficile. « Avec mon épouse, on se serre les coudes. Et pour l'instant, la situation n'est pas trop grave, mais c'est encore beaucoup d'incertitudes », confie-t-il.
Un contexte agricole déjà extrêmement tendu
Le maraîcher souligne que « le contexte agricole est déjà compliqué, et cette situation rajoute une charge psychologique ». Ces dernières années, des collègues ont préféré arrêter leur activité. « C'est très dur de tenir. Après les aléas du Covid, maintenant les intempéries et le contexte international compliqué, on avance tout le temps dans le brouillard », résume l'Héraultais.
Si le beau temps persiste quelques jours, les choses pourront peut-être s'arranger. « C'est une course, et c'est le vent qui donnera le top du départ », explique Philippe Debattista. En attendant, les plants d'aubergines attendront quelques jours supplémentaires, mais il faudra défaire les palettes pour les laisser prendre la lumière. Les haricots verts, qui devaient être plantés lundi, patientent également : « On n'a pas pu travailler la terre, on aurait massacré le sol ».
Des conséquences économiques préoccupantes
La situation menace directement l'équilibre économique de l'exploitation. « Là, on travaille avec des produits achetés cet hiver. Mais depuis le début de la guerre en Iran, on voit le gazole agricole prendre 10% à 20% chaque jour. Il est à plus d'un euro », déplore l'agriculteur. Même s'il fait partie d'un groupement agricole, « on nous dit qu'il n'y a aucune négociation possible ».
Pour les engrais, la hausse sera de « 20% à 30% ». Lundi prochain, il faudra encore gérer un arrivage massif de plants de cultures d'été : melons, courgettes, pastèques. « Une fois que le train est lancé, on ne peut plus l'arrêter », rappelle Philippe Debattista qui reçoit « des milliers de plants en mars et en avril ».
Des incertitudes sur la qualité des récoltes
La question de la récolte préoccupe également le maraîcher, avec « peut-être une quinzaine de jours perdus » sur le calendrier prévu. « Avec l'humidité, on peut aussi avoir plus de champignons », s'inquiète-t-il. Sous les serres, les premières courgettes ont arrêté de pousser : « Avec l'eau les racines ne respirent plus. C'est comme si je vous pinçais le nez ».
En apnée, le Mas Alexandrine est à l'image d'une profession qui retient son souffle dans un contexte inédit. Les anciens de Mauguio confirment : « Ça fait trente ans qu'on n'avait pas vu ça ». Face à cette accumulation de difficultés, Philippe Debattista résume : « On ne sait plus du tout où on va », illustrant le désarroi d'une profession confrontée à des défis multiples et exceptionnels.



