Alors que la colère des agriculteurs s'est exprimée ce vendredi 26 septembre à travers la France, Midi Libre prend le temps de la réflexion et du débat d'idées. Sophie Noguès, présidente de la FDSEA de l'Hérault, et Morgane Bara, porte-parole de la Confédération paysanne du même département, partagent un constat sur la nécessité de faire évoluer le modèle agricole, mais proposent deux visions différentes sur la façon d'agir.
La vision de Morgane Bara : une révolution agricole pour travailler avec le vivant
Morgane Bara estime que le modèle actuel, dicté par la FNSEA depuis 70 ans, a démontré son incapacité à résoudre les crises écologiques et sociales. Elle prône une agriculture paysanne fondée sur la régénération des sols, la couverture végétale, la rotation des cultures et la complémentarité avec l'élevage de plein air. Selon elle, il faut sortir l'agriculture du libre-échange, relocaliser la production et garantir une alimentation saine pour tous via une sécurité sociale de l'alimentation.
« L'agriculture de demain devra revenir au vrai sens du mot : cultiver les champs comme on cultive son esprit, en les enrichissant », déclare-t-elle. Elle insiste sur les techniques peu coûteuses et pérennes comme les apports de matière organique, la couverture des sols et l'agroforesterie, qui permettent de lutter contre la sécheresse et les incendies.
La vision de Sophie Noguès : innovation technologique et diversification
Sophie Noguès, de la FDSEA, mise sur l'innovation et les pratiques modernes. Elle préconise une irrigation raisonnée grâce à des capteurs, drones et systèmes informatiques, ainsi que la réutilisation des eaux de pluie par stockage. Elle défend l'agriculture de précision, la diversification des productions (plantes médicinales, chanvre, quinoa) et les biotechnologies pour rendre les plantes plus résistantes aux maladies et au climat.
« Il faut absolument former nos agriculteurs à ce changement d'irrigation raisonnée », souligne-t-elle. Elle cite son propre exemple : elle arrête la monoculture de vignes pour planter des oliviers et tester le quinoa sur ses terres salées. Elle valorise aussi les déchets agricoles via le compostage et la méthanisation.
Deux approches, un même défi : le renouvellement des générations
D'ici 2030, plus d'un tiers des agriculteurs aura atteint l'âge de la retraite. Les deux intervenantes s'accordent sur la nécessité de rendre la profession attractive. Morgane Bara insiste sur la qualité de vie et la rémunération, tandis que Sophie Noguès met l'accent sur la formation et l'adaptation technologique. Le débat reste ouvert sur la voie à suivre pour l'agriculture de demain dans l'Hérault.



