Une vie en harmonie avec les hauts plateaux de l'Aubrac
Maïté Tichet, 36 ans, vit à Nasbinals, sur le plateau de l'Aubrac, à cheval entre l'Aveyron, le Cantal et la Lozère. Elle réside en totale harmonie avec ce bout du monde perché à 1 250 mètres d'altitude. Avant qu'on ait l'idée de la féliciter ou, pire, de la plaindre, elle s'empresse de déclarer qu'elle mène l'existence dont elle a toujours rêvé.
L'héritage agricole familial
Fille d'éleveur, Maïté Tichet a grandi avec ses sœurs au milieu des vaches, sur ces terres d'altitude où le ciel et la terre se rejoignent. Son père, Jean-Louis, retraité depuis un an, vient de lui céder ses parcelles. Aujourd'hui, avec son compagnon Florian, elle élève 110 vaches de race aubrac sur une centaine d'hectares de prairie naturelle.
« Cette race rustique, reconnaissable à sa robe couleur froment et à ses cornes en forme de lyre, est parfaitement adaptée aux conditions exigeantes du plateau », explique-t-elle. En hiver, l'éleveuse se dédie entièrement à ses bêtes, qu'elle met à l'abri des intempéries. Mais lorsque revient le printemps, une tout autre histoire commence.
La récolte des narcisses sauvages pour la parfumerie mondiale
Sur les sols austères de l'Aubrac, le narcisse (Narcissus poeticus) pousse à l'état sauvage, déployant un tapis blanc à perte de vue. Cette fleur endémique est récoltée par des saisonniers de la fin mai à la mi-juin. « Cette activité a toujours été une culture de complément pour les éleveurs du plateau », raconte Maïté Tichet.
Le narcisse n'a aucune plus-value agricole – les vaches ne le consomment pas – mais il sert à créer les plus grands parfums du monde, comme Matière noire de Louis Vuitton, L'heure fougueuse de Cartier ou Eau de narcisse bleu d'Hermès. Il symbolise ainsi une culture unique en France.
« Autrefois, ça payait à mon père le loyer de la parcelle. Désormais, c'est son argent de poche », ajoute-t-elle avec le sourire. Cependant, la floraison est plus modeste aujourd'hui et les rendements de 5 kilos à l'hectare ne suffisent plus à garantir un revenu significatif.
La renaissance d'un buron ancestral en auberge familiale
En parallèle de son activité agricole, Maïté Tichet a entrepris de sauver un buron en ruine, refuge de pierres qui appartenait à ses ancêtres. « Ce bâtiment rustique servait autrefois à la fabrication et à l'affinage des fromages, lorsque les éleveurs montaient leurs troupeaux en estive, entre mai et septembre ».
Elle l'a entièrement rénové et transformé en une auberge familiale regroupant un restaurant et deux chambres d'hôte. Ouvert en 2015, le buron de Cap Combattut accueille toute l'année quelques randonneurs et des touristes en quête d'authenticité et de panoramas à couper le souffle.
Une cuisine locale pour partager la vie du plateau
Dans la salle voûtée du petit restaurant, ouvert seulement de Pâques à la Toussaint, la propriétaire propose une cuisine inspirée des produits locaux et des recettes familiales :
- Pièce de viande d'Aubrac
- Aligot
- Rétortillat (truffade à base de pommes de terre et de tome fraîche)
- Terrines maison
Cette approche gourmande permet « d'accueillir le public pour raconter notre vie et partager les enjeux de notre profession ». Maïté Tichet montre ainsi sur un calendrier la récolte des narcisses sauvages dans leurs champs, une tradition familiale depuis son enfance qu'elle perpétue à son tour.
Les prés qui entourent la maison et le corps de ferme de Jean-Louis, le père de Maïté Tichet, témoignent de cette transmission. Elle lui a confié la responsabilité des veaux et de leur mère, maintenant ainsi le lien intergénérationnel. De l'eau de source s'écoule d'un tuyau pour remplir l'abreuvoir situé sur sa parcelle, tandis que les roches du plateau de l'Aubrac, posées autrefois par les anciens, servent toujours à délimiter les parcelles.



