Une catastrophe agricole sans précédent dans le Lot-et-Garonne
La Chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, sous la présidence de Karine Duc, a dressé un bilan alarmant des dégâts causés par la tempête Nils et les inondations récentes. Réunie en session ce vendredi 13 mars, l'institution a qualifié les pertes de « catastrophiques » pour le secteur agricole départemental, réclamant avec insistance la mise en place de dispositifs d'aides d'urgence, tant financiers que matériels.
Un premier bilan dévastateur : 296 exploitations touchées
Après dix jours de vigilance rouge, l'évaluation initiale révèle l'ampleur du désastre. Pas moins de 296 exploitations agricoles ont été durement affectées par ces intempéries violentes. Parmi elles, 107 ont nécessité des interventions ou des chantiers urgents, mobilisant jusqu'à la Sécurité civile. Les cultures les plus impactées sont les fraises et le maraîchage, avec 30 % des exploitants déclarant des pertes dans le département. Viennent ensuite les grandes cultures à 34 %, où le colza n'a pas survécu, et l'arboriculture à 22 %.
Selon une première estimation réalisée par les services de la Chambre d'agriculture, le préjudice financier s'élève à près de 180 millions d'euros. Les dégâts matériels sont considérables et variés : bâches et structures métalliques soufflées, clôtures et toitures arrachées, cultures asphyxiées, matériel d'irrigation endommagé. La liste des destructions semble interminable.
Des conséquences durables et coûteuses pour les terres
Rémi Muller, technicien de la Chambre d'agriculture, illustre la gravité de la situation : « Il y a eu des glissements de terrain phénoménaux. La remise en culture va être difficile et coûteuse sur certains terrains : après le passage du bulldozer, il faudra remonter la parcelle. Et cette opération peut aller jusqu'à 8 000 euros l'hectare. » Ces propos soulignent les défis à long terme auxquels sont confrontés les agriculteurs, bien au-delà des pertes immédiates.
Karine Duc exige des mesures exceptionnelles
Face à ce constat accablant, Karine Duc se montre intraitable. « Ces intempéries ont mis en lumière des sujets sur lesquels je serai intraitable », tonne-t-elle. Elle insiste sur la nécessité d'un dispositif de calamités agricoles exceptionnel, appelant la Région et le Département à débloquer des fonds d'urgence substantiels. « Le dispositif des calamités doit être exceptionnel », appuie-t-elle fermement.
Des estimations complémentaires sont en cours avec la Direction départementale des territoires pour constituer des dossiers liés aux calamités agricoles et aux Indemnités de Solidarité Nationale (ISN). Cependant, Karine Duc pointe du doigt les limites de ces mécanismes : « L'ISN reste très peu favorable pour les agriculteurs : avec des franchises élevées et des modes de calcul basés sur des rendements passés, l'indemnisation représente souvent à peine quelques pourcents des pertes réelles. Dans certains cas, pour une perte totale de récolte, l'indemnisation peut tomber autour de 100 euros par hectare, alors que la perte réelle est proche des 1 000 euros. »
La reconnaissance en catastrophe naturelle, un enjeu crucial
À ce jour, 63 communes ont été officiellement reconnues en état de catastrophe naturelle, une démarche essentielle pour permettre l'indemnisation des biens assurables. Néanmoins, Karine Duc relève un problème persistant : « Las, certains agriculteurs ne le sont plus, et certaines communes ne demandent plus l'état de catastrophe naturelle, en raison de barèmes trop élevés appliqués par les assurances, à la suite de ces événements qui se répètent. » Cette situation aggrave la vulnérabilité des exploitants face aux aléas climatiques récurrents.
L'agriculture lot-et-garonnaise, déjà éprouvée, essuie ainsi un nouveau coup dur. Les appels à l'aide se multiplient, tandis que la Chambre d'agriculture maintient la pression pour obtenir des réponses concrètes et rapides des pouvoirs publics. L'avenir de nombreuses exploitations dépend de la mise en œuvre de mesures de soutien adaptées à l'ampleur de la catastrophe.



