Le gouvernement a présenté ce lundi 20 juillet 2026 le projet de loi d'urgence agricole, sans inclure la suppression de la dérogation autorisant l'utilisation de l'acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes. Cette décision laisse le soin au Parlement de trancher sur cette question controversée, qui oppose les défenseurs de l'environnement aux agriculteurs confrontés à une crise de la filière betteravière.
Un pesticide sous le feu des critiques
L'acétamipride est un insecticide utilisé notamment contre les pucerons dans les cultures de betteraves. Bien que son utilisation soit interdite dans l'Union européenne depuis 2018 en raison de sa dangerosité pour les abeilles, la France avait accordé une dérogation en 2021 pour sauver la filière betteravière, confrontée à une grave infestation de pucerons verts. Selon le ministère de l'Agriculture, cette dérogation a permis de maintenir une production de 30 millions de tonnes de betteraves en 2025, contre une moyenne de 35 millions les années précédentes sans dérogation.
Les associations environnementales, comme Générations Futures, dénoncent un "cadeau fait à l'industrie agrochimique". "L'acétamipride est un tueur d'abeilles, et sa persistance dans les sols menace la biodiversité", a déclaré François Veillerette, porte-parole de l'association. De son côté, la filière betteravière estime que sans cette molécule, les rendements chuteraient de 30 à 40 %, menaçant la survie de 25 000 exploitations.
Un projet de loi qui divise
Le projet de loi d'urgence agricole, présenté par le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, comprend 15 articles visant à simplifier les démarches administratives, renforcer les filières en difficulté et améliorer l'accès au foncier. Mais l'absence de suppression de la dérogation sur l'acétamipride a suscité de vives réactions. "Le gouvernement aurait pu prendre ses responsabilités, mais il préfère renvoyer la patate chaude au Parlement", a critiqué le député écologiste Matthieu Orphelin.
Le gouvernement justifie son choix par la nécessité de laisser le débat démocratique se dérouler. "C'est une question complexe, qui mérite un débat parlementaire approfondi", a expliqué le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. "Nous ne voulons pas imposer une décision unilatérale sans concertation."
Un calendrier parlementaire serré
Le texte sera examiné en commission à l'Assemblée nationale à partir du 27 juillet, puis en séance publique début août. Les députés auront la possibilité de déposer des amendements pour supprimer ou maintenir la dérogation. Plusieurs voix s'élèvent déjà pour réclamer un vote rapide. "Il est urgent de sortir de cette dépendance aux pesticides", a déclaré la députée LFI Clémentine Autain.
Mais les syndicats agricoles, comme la FNSEA, appellent à la prudence. "On ne peut pas laisser les betteraviers sans solution du jour au lendemain", a averti son président, Christiane Lambert. Selon une étude de l'INRAE, l'alternative à l'acétamipride, comme l'utilisation de filets anti-insectes, coûterait 400 euros par hectare, contre 150 euros pour le traitement chimique, ce qui représenterait une charge supplémentaire de 200 millions d'euros pour la filière.
Un enjeu environnemental majeur
L'acétamipride est particulièrement controversé car il est persistant dans l'eau et les sols, et toxique pour les abeilles à faible dose. Une étude de l'ANSES de 2023 a montré que des résidus de cette molécule étaient présents dans 15 % des échantillons d'eau de surface en zones betteravières. "C'est un poison lent qui fragilise nos écosystèmes", alerte le député Modem Jean-Luc Fugit, rapporteur du texte.
Le gouvernement mise sur le développement de solutions alternatives, comme les biopesticides et la sélection variétale, mais ces technologies ne seront pas prêtes avant 2028 selon les experts. En attendant, le Parlement devra choisir entre la protection de l'environnement et la survie économique d'une filière qui emploie 100 000 personnes en France.



